Malnutrition en Afrique de l’Ouest: malgré les progrès, Lomé cherche encore l’argent des programmes

La lutte contre la malnutrition en Afrique de l’Ouest et centrale est aussi présentée comme un enjeu de croissance: à Lomé, une conférence de trois jours cherche des financements pour des programmes nutritionnels, alors même que le coût humain reste massif dans la région.

Vingt pays d’Afrique de l’Ouest et centrale se sont réunis lundi dans la capitale togolaise pour cette rencontre consacrée à la nutrition infantile et au développement de la petite enfance. L’événement est organisé par le gouvernement togolais et le Groupe de la Banque mondiale.

Les données exposées à l’ouverture ont rappelé l’ampleur du problème. Près d’un enfant sur trois souffre d’un retard de croissance dans la région, tandis que 65 millions de femmes sont touchées par l’anémie, des chiffres rapportés pendant la cérémonie et repris par Togofirst.

  • Tony Verheijen, représentant résident du Groupe de la Banque mondiale au Togo, a estimé que ces chiffres traduisent des pertes économiques et sociales de long terme. Il a évoqué un potentiel humain perdu, des parcours scolaires perturbés et des emplois qui ne seront jamais créés.

  • Dans le même temps, le Togo met en avant des progrès récents. Entre 2014 et 2017, le taux de retard de croissance y est passé de 27,5% à 23,8%.

  • Le taux d’allaitement maternel exclusif atteint 64,3% dans le pays, l’un des plus élevés de la sous-région selon l’Unicef. Tony Verheijen a aussi indiqué que le Togo a validé en 2024 une stratégie nationale d’éducation préscolaire et adopté de nouvelles règles pour les crèches et garderies.

  • Malgré ces avancées, la ministre de l’Action sociale, de la Promotion de la femme, de la Famille et de la Protection de l’enfant, Martine Moni Sankaredja, a jugé que davantage d’efforts restaient nécessaires. Elle a appelé à garantir à chaque enfant une alimentation suffisamment diversifiée et à améliorer la nutrition maternelle.

  • La conférence a aussi insisté sur l’argument économique. D’après des données de la Banque mondiale, chaque dollar investi dans des programmes intégrés de nutrition peut générer jusqu’à 23 dollars de retombées.

  • Au nom du directeur régional de l’Unicef, le directeur régional adjoint pour l’Afrique de l’Ouest et centrale a cité les résultats du Fonds Muskoka, actif dans six pays de la région avec quatre agences des Nations unies. Entre 2010 et 2024, ce programme a contribué à une hausse de 25% de l’allaitement maternel exclusif, à une baisse de 28% du retard de croissance et à un recul de 74% de la malnutrition aiguë sévère.

  • La rencontre doit se terminer mercredi par un conclave ministériel centré sur le financement domestique des programmes de nutrition et de développement de la petite enfance. L’Unicef, dont le plan stratégique 2026-2029 mise sur l’élargissement des interventions prioritaires, dit attendre des engagements mesurables des pays participants.

Le contraste mis en avant à Lomé est donc clair: la région continue d’afficher des niveaux élevés de malnutrition, mais les organisateurs défendent en parallèle l’idée qu’un investissement précoce dans le capital humain peut produire des gains durables et inclusifs.

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