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Réinventer la santé en Afrique : Les experts appellent à un sursaut politique et organisationnel

Au troisième panel consacré aux « Modèles organisationnels et gouvernance des systèmes de santé », dans le cadre du 1er sommet Africain, à Dakhla au Maroc, sur les systèmes de santé et la souveraineté sanitaire, trois experts ont livré des analyses complémentaires sur les piliers d’un système performant et résilient en Afrique. Le Dr Alex Riolexus Ario a dressé un état des lieux sans concessions des soins primaires sur le continent, plaidant pour « un investissement politique et budgétaire réel ». Le Dr Ahmed Bennana a présenté l’expérience marocaine en matière de résilience et de refonte organisationnelle, tandis que la Professeure Najat Mokhtar a insisté sur la nécessité d’une gouvernance intégrée et d’un leadership scientifique pour renforcer la souveraineté sanitaire. Trois approches, un même défi : bâtir des systèmes plus équitables, plus robustes et capables d’absorber les crises tout en assurant la continuité des soins.

Dr Alex Riolexus Ario : « L’Afrique doit faire des soins primaires une véritable priorité politique »

Invité à dresser l’état des lieux des soins de santé primaires, le Dr Alex Riolexus Ario a rappelé d’emblée l’importance stratégique de ce niveau de soins pour les systèmes africains. « Les soins primaires permettent d’assurer une large couverture et de réduire les inégalités sociales », a-t-il insisté, en référence à la Déclaration d’Alma-Ata.

Selon lui, 80 % des besoins de santé peuvent être pris en charge au niveau primaire, comme le souligne l’OMS. D’où la nécessité d’un investissement massif dans ce secteur : « Si nous répondons à ces besoins, nous résolvons une grande partie des problèmes de santé en Afrique. »

L’expert ougandais a illustré ses propos par les progrès perceptibles en Éthiopie, au Rwanda, en Ouganda et au Maroc, où les mortalités maternelles et infanto-juvénile ont fortement reculé ces dix dernières années. Il a toutefois souligné les obstacles persistants : sous-financement, dépendance aux bailleurs, pénurie de personnel, infrastructures insuffisantes, fragmentation des services et faiblesse des systèmes d’information.

Son appel final se veut sans ambiguïté :
« Les gouvernements doivent faire des soins primaires une priorité réelle, pas seulement un discours

Pr Ahmed Bennana : Leçons du Maroc entre résilience et performance

Le Pr Ahmed Bennana a consacré son intervention au modèle marocain, présenté comme un laboratoire de réformes profondes après des années d’ajustements ponctuels. « Nous avons compris qu’il ne suffisait plus d’ajouter des réformes. Il fallait une refonte du système », a-t-il expliqué, citant la loi-cadre 06-22 qui structure désormais les transformations en cours.

Il a défini la résilience comme la capacité d’un système à « absorber le choc, réagir vite, puis s’adapter », en se référant notamment au séisme récent ou à la pandémie de Covid-19. Cette résilience repose, selon lui, sur des piliers fondamentaux : gouvernance, logistique, information, financement agile et potentiel humain. Ce dernier, insiste-t-il, doit être considéré non comme une “ressource”, mais comme un « potentiel à déployer ».

Évoquant les défis, il a alerté sur les difficultés persistantes : rétention du personnel, désaffection pour les métiers médicaux, maillage territorial encore incomplet et impératif de souveraineté sanitaire. « On ne peut pas tout produire, mais il faut des leviers stratégiques pour ne pas dépendre entièrement de l’extérieur », a-t-il souligné.

Pr Najat Mokhtar : “Le nucléaire peut sauver des vies si l’Afrique investit dans ses capacités” »

Najat a rappelé que l’agence qu’elle dirige, créée dans l’après-Seconde Guerre mondiale, a pour mission de « contrôler l’atome pour servir le développement », notamment en médecine nucléaire, radiologie et radiothérapie. Elle a souligné que le nucléaire possède « un potentiel immense » pour la santé et l’environnement, bien au-delà de son image destructrice.

Dressant un constat alarmant, elle a indiqué que l’Afrique reste la région la plus exposée à la hausse des décès par cancer, faute d’équipements de diagnostic, de radiothérapie et de ressources humaines qualifiées. « On ne peut pas soigner ce qu’on ne voit pas », a-t-elle rappelé, alors que les nouveaux cas devraient atteindre 32 millions dans le monde d’ici 2045, avec une mortalité de 17 millions concentrée dans les pays à faibles revenus. Le continent aurait besoin de « huit fois plus de machines » et de 60 % de personnel supplémentaire d’ici 2050.

Pour répondre à ces urgences, l’AIEA a lancé l’initiative Rays of Hope, qui vise à responsabiliser les États et à accompagner des réformes structurantes à travers des Impact Missions menées avec l’OMS. L’agence soutient la création ou la mise à niveau de centres de radiothérapie — comme au Malawi — et s’appuie sur un réseau de centres d’ancrage, notamment l’Institut National d’Oncologie de Rabat, pour former les professionnels africains.

Elle met également à disposition outils, formations gratuites et plateformes de suivi des équipements, tout en soulignant la rentabilité sociale de ces investissements : « Chaque dollar investi rapporte 12,5 dollars ». L’agence mise enfin sur les jeunes femmes, avec près de 100 bourses annuelles dans les applications médicales du nucléaire.

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