Mali : la perte de Kidal affaiblit Moscou, mais Bamako reste dépendant de la Russie

Reprise par les rebelles, la ville de Kidal fragilise l’image de la Russie au Mali ; mais au moment même où cette emprise vacille, Bamako reste encore arrimé à Moscou pour sa sécurité. C’est cette tension qui traverse la séquence ouverte après le retrait des forces russes de cette place forte du nord malien, sous les huées des combattants qu’elles avaient été envoyées combattre.

Le départ, intervenu le mois dernier, est présenté par plusieurs observateurs comme un revers humiliant pour le Kremlin dans le Sahel, région où la Russie s’était imposée comme partenaire sécuritaire de premier plan. Depuis les attaques simultanées lancées le 25 avril par des jihadistes liés à Al-Qaïda et des rebelles séparatistes touaregs, le Mali s’est enfoncé davantage dans la crise, avec plusieurs bases militaires débordées dans le nord du pays. Acculés à Kidal, les hommes de l’Africa Corps, désormais placés sous l’autorité du ministère russe de la Défense après la relève du groupe Wagner, ont négocié un accord de passage sûr pour évacuer leursïfectifs.

Kidal avait pourtant valeur de symbole. La ville, située à environ 1 000 miles au nord-est de Bamako, avait été reprise en 2023 par l’armée malienne et des mercenaires russes, mettant fin à près d’une décennie de contrôle rebelle. Cette victoire incarnait alors l’ascendant de Moscou sur lesïforts occidentaux en Afrique et son influence croissante dans le Sahel, après le départ forcé des forces occidentales engagées dans le contre-terrorisme entre 2022 et l’an dernier. Le régime militaire malien, arrivé au pouvoir après les coups d’État de 2020 et 2021, avait rompu avec les forces françaises et les Casques bleus de l’ONU avant de se tourner vers la Russie.

Un revers pour Moscou, sans véritable alternative pour Bamako

Le 26 avril, le Front de libération de l’Azawad, groupe séparatiste touareg à dominante touarègue, a annoncé sur les réseaux sociaux avoir conclu un accord avec les troupes russes pour qu’elles quittent Kidal de manière permanente, en affirmant que la ville était désormais « libre ». Des vidéos ont ensuite circulé en ligne, montrant des combattants touaregs se moquant d’un convoi russe quittant sa base. La crise s’est encore aggravée avec l’assassinat du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, officier formé en Russie et artisan central du basculement de Bamako vers Moscou, tué dans un attentat-suicide à la voiture piégée près de la capitale. Le JNIM, groupe lié à Al-Qaïda, a revendiqué cette attaque.

Alors que le JNIM menace désormais d’un blocus total de Bamako et appelle les Maliens à se soulever contre la junte pour adopter la charia, les promesses de « neutraliser » ces menaces avec l’appui russe apparaissent moins crédibles. Des analystes interrogés dans le récit relayé par Egyptindependent estiment que les promesses russes n’ont que partiellement tenu, Ulf Laessing allant jusqu’à dire que la seule victoire des Russes au Mali avait été la conquête de Kidal en 2023. Héni Nsaibia juge, lui, que ce modèle sécuritaire apporte une réponse militaire rapide sans traiter les moteurs profonds de la violence dans le Sahel.

Pour autant, la rupture n’est pas à l’ordre du jour. Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute basé au Sénégal, voit dans la chute de Kidal un revers réputationnel significatif pour Vladimir Poutine en Afrique. Mais d’autres analystes rappellent que la présence russe a aussi renforcé temporairement les capacités militaires maliennes et contribué à stabiliser le régime. Le ministère russe de la Défense a d’ailleurs reconnu une situation « difficile » au Mali, tout en affirmant que le retrait de Kidal avait empêché unïfondrement plus large en déjouant une tentative de coup d’État le 25 avril. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger diversifient bien leurs achats de défense vers des pays comme la Chine et la Turquie dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel, mais pour l’heure Moscou demeure le seul partenaire prêt à déployer directement des forces de combat en première ligne. C’est sur ce constat que se referme le récit publié par Egyptindependent.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire