Le Mali traverse une nouvelle phase de dégradation sécuritaire après des attaques coordonnées menées samedi dans plusieurs localités, dont Kati près de Bamako, l’aéroport de la capitale, ainsi que Kidal, Mopti, Sévaré et Gao. Ces assauts ont été revendiqués par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, tandis que des rebelles touaregs ont également déclaré y avoir pris part.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été tué dans ces attaques. Elles ont mis en lumière des vulnérabilités sécuritaires dans un pays longtemps présenté comme un exemple démocratique dans la région, avant une succession de crises politiques et militaires depuis 2012.
L’histoire politique du Mali a été marquée par plusieurs ruptures. Ancienne colonie française, le pays a obtenu son indépendance le 22 septembre 1960, avec Modibo Keita comme premier président. En 1968, il a été renversé par un coup d’État militaire conduit par le lieutenant Moussa Traoré, resté au pouvoir pendant 23 ans. D’après l’Africa Center for Strategic Studies, son régime était fortement répressif. En mars 1991, à la suite de manifestations étudiantes, le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré a mené un nouveau coup d’État contre Traoré, avant une transition vers une nouvelle Constitution et des élections pluralistes en 1992.
Cette période a conduit à l’élection de Alpha Oumar Konaré, puis au retour d’Amadou Toumani Touré à la présidence en 2002. Mais en mars 2012, le capitaine Amadou Haya Sanogo a pris le pouvoir quelques semaines avant une élection prévue. Dans le même temps, des séparatistes touaregs alliés à des combattants liés à Al-Qaïda ont lancé une rébellion dans le nord. L’intervention militaire française a suivi au début de 2013, à la demande des autorités maliennes, après la prise de plusieurs villes du nord par des groupes armés, dont Ansar Dine, plus tard intégré au JNIM.
En septembre 2013, Ibrahim Boubacar Keita a été élu président, avant d’être renversé en août 2020 par un coup d’État dirigé par le colonel Assimi Goïta. En mai 2021, celui-ci a consolidé son pouvoir lors d’un second putsch. Le pouvoir militaire avait promis un retour à un régime civil d’ici mars 2024, promesse qui n’a pas été tenue. En décembre 2021, Assimi Goïta a fait appel à des mercenaires russes, après avoir demandé le départ des forces françaises. Le retrait de la France et d’autres pays soutenus par l’Union européenne s’est achevé en 2023, laissant, selon le récit rapporté, un vide sécuritaire.
La situation s’est encore tendue après la rupture, en janvier 2024, de l’accord de paix signé en 2015 entre Bamako et les rebelles touaregs du nord. D’après Al Jazeera, le JNIM a aussi instauré en octobre un blocus sur les importations de carburant, perturbant fortement la vie autour de Bamako. En juillet 2024, rebelles touaregs et combattants du JNIM ont tendu une embuscade contre un convoi militaire à Tinzaouatène, dans le nord-est du pays. En janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont retirés de la CEDEAO pour former l’Alliance des États du Sahel (AES).
La semaine dernière, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, présent à un forum sécuritaire au Sénégal, a déclaré que le retrait de la CEDEAO était « final », tout en évoquant le maintien d’un dialogue avec l’organisation sur la libre circulation et le marché commun. Interrogé par Al Jazeera, le commentateur politique Adama Gaye a estimé que la situation au Mali était « très grave » et a affirmé que ces attaques fragilisaient davantage les affirmations du pouvoir sur sa capacité à contrôler le pays.