La hausse des prix du pétrole liée à la guerre en Iran produit des effets contrastés en Afrique. Des pays importateurs comme le Kenya font face à une pression accrue sur le coût de l’énergie, tandis que des producteurs comme le Nigeria enregistrent des recettes supplémentaires sur leurs exportations.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Eric Wainaina, conducteur de moto-taxi à Nairobi, dit avoir vu ses revenus mensuels divisés par deux depuis le début du conflit, déclenché le 28 février. Il explique qu’avant la guerre, il parcourait jusqu’à 180 kilomètres par jour, contre 90 désormais, en raison de la hausse du prix du carburant. Il affirme aussi être passé de 20 à 30 clients quotidiens à moins de 10, après avoir augmenté ses tarifs pour absorber le coût de l’essence et les effets de la saison des pluies.
Le Kenya figure parmi les pays les plus exposés à ce choc. Le litre de diesel y a augmenté de 24% pendant la guerre pour atteindre environ 1,60 dollar. Bloomberg, cité dans le contenu source, indique que Nairobi pourrait solliciter un prêt allant jusqu’à 600 millions de dollars auprès de la Banque mondiale afin d’atténuer les effets de la crise énergétique mondiale. Le pays dépend fortement des importations de carburants, dans un continent qui importe plus de 70% de ses produits raffinés, d’après l’Africa Finance Corporation.
À l’inverse, le Nigeria, premier producteur et exportateur de pétrole du continent, profite de l’envolée des cours. Le fonds d’investissement américain Vanguard a indiqué le mois dernier que les compagnies pétrolières nigérianes avaient enregistré un gain exceptionnel de 4 milliards de dollars. Son analyse relève que le brut nigérian Bonny Light a progressé de 66% depuis le début de la guerre, passant d’environ 70,14 dollars le baril à une moyenne de 116,84 dollars. Amaka Anku, responsable Afrique du groupe Eurasia, a également déclaré à Al Jazeera que la RDC pouvait tirer parti d’une demande accrue en minerais critiques.
Le choc dépasse toutefois le seul continent africain. L’Agence internationale de l’énergie décrit cette crise comme le plus grave choc d’approvisionnement pétrolier de l’histoire. Goldman Sachs estime que les perturbations dans le détroit d’Ormuz et les attaques contre des infrastructures énergétiques régionales ont réduit la production mondiale de pétrole de 14,5 millions de barils par jour, soit une baisse de 57%.
Pour plusieurs analystes cités dans le contenu source, cette situation ne devrait pas provoquer de rupture immédiate entre les pays africains et Washington. Ebenezer Obadare, du Council on Foreign Relations, estime que de nombreux États continueront de préserver leurs liens avec les États-Unis en raison des avantages commerciaux et sanitaires déjà en place, notamment autour de l’AGOA et d’accords bilatéraux existants.