Le 22 mars 2024, le Parti démocratique sénégalais (PDS) annonçait son soutien à la Coalition Diomaye Président.
Dans un communiqué portant la signature de Me Abdoulaye Wade, plusieurs raisons étaient avancées pour justifier ce choix, notamment le renouveau de l’État de droit, la garantie d’une justice pleinement indépendante, la préservation des acquis démocratiques, la protection des droits fondamentaux et une gouvernance fondée sur la morale, l’éthique et l’inclusivité.
Ce soutien n’était donc pas présenté comme une simple démarche électorale. Il était justifié par des considérations essentiellement institutionnelles et liées à la justice.
Dès lors, une question de cohérence politique se pose aujourd’hui : les raisons qui avaient conduit le PDS à soutenir la Coalition Diomaye Président en 2024 sont-elles suffisamment concrétisées pour justifier une nouvelle alliance avec le pouvoir actuel ?
Des réformes importantes ont certes été engagées.
La proposition de révision constitutionnelle adoptée par l’Assemblée nationale le 29 juin 2026 comportait notamment des modifications importantes de l’architecture institutionnelle et judiciaire, ainsi que des dispositions relatives à la transparence et à la déclaration de patrimoine.
Mais cette réforme n’est finalement pas entrée en vigueur.
Le Président de la République a lui-même saisi le Conseil constitutionnel, le 6 juillet 2026, afin qu’il se prononce sur la conformité à la Constitution de la procédure ayant conduit à l’adoption de la loi n°18/2026.
Le 9 juillet 2026, le Conseil constitutionnel a déclaré cette loi contraire à la Constitution.
Il est important de préciser les motifs exacts de cette décision.
Le Conseil constitutionnel n’a pas déclaré la réforme contraire à la Constitution au motif qu’elle aurait porté atteinte au principe de l’indépendance de la justice.
Il a retenu deux violations substantielles de la procédure législative.
Premièrement, certaines dispositions de la loi créaient des charges publiques nouvelles, sans prévoir de recettes compensatrices.
Deuxièmement, le Conseil constitutionnel a retenu le non-respect de la procédure du vote bloqué après que le Gouvernement en avait demandé l’application.
Il serait prématuré alors de considérer que les objectifs qui avaient justifié le soutien du PDS en 2024 sont aujourd’hui atteints.
C’est précisément à ce niveau que doit intervenir la vigilance politique.
Le PDS avait fondé son soutien sur des principes précis : État de droit, justice indépendante, démocratie et protection des droits fondamentaux.
Ces principes ne peuvent être considérés comme acquis sur la seule base de projets, de consultations ou de réformes qui n’ont finalement pas abouti.
Ils doivent être appréciés à partir de réformes effectivement adoptées, juridiquement sécurisées et durablement appliquées.
La question qui se pose aujourd’hui n’est donc pas celle d’un choix entre une alliance ou une opposition à Bassirou Diomaye Faye.
Elle est beaucoup plus précise : les conditions politiques qui avaient conduit le PDS à soutenir la Coalition Diomaye Président en 2024 sont-elles aujourd’hui réunies pour justifier une nouvelle alliance politique avec le pouvoir en place ?
Si le soutien de 2024 avait été motivé par des considérations institutionnelles et judiciaires, alors toute nouvelle alliance devrait naturellement être précédée d’une évaluation rigoureuse des réformes effectivement réalisées dans ces mêmes domaines.
Une alliance politique ne peut être fondée uniquement sur des rapprochements personnels ou des circonstances politiques du moment.
Elle doit reposer sur des convergences clairement établies, des engagements vérifiables et des résultats concrets.
Le PDS peut parfaitement maintenir une position de vigilance, demander des résultats concrets, examiner les réformes effectivement réalisées et mesurer leur conformité aux engagements qui avaient justifié son soutien en 2024.
Avant toute nouvelle alliance, il serait donc cohérent de poser une question simple :
Qu’est-ce qui, aujourd’hui, justifie concrètement de renouveler l’alliance politique avec le pouvoir en place ?
La cohérence politique commande une évaluation rigoureuse des actes et des résultats.
Car en politique comme en droit, les engagements se mesurent finalement moins aux déclarations qu’à leur traduction concrète dans les textes et dans les actes.
Hawa Abdoul BA
Secrétaire générale de la Fédération de Dakar-Plateau
Secrétaire nationale chargée de l’Économie numérique
