« On ne peut pas être visé et être témoin sur les mêmes faits. » C’est l’argument avancé par Me Patrice Kabou pour justifier le refus de nouvelles auditions au Sénégal des dirigeants d’AEE Power EPC.
La défense estime que les faits examinés à Madrid correspondent à ceux de la plainte contre X déposée à Dakar par le député Thierno Alassane Sall. AEE Power refuse de répondre à de nouvelles convocations sénégalaises sur ces éléments, au motif que ses responsables sont concernés par une instruction judiciaire en Espagne.
Le dossier porte, selon dakaractu, sur le projet d’électrification rurale de l’ASER, destiné à 928 localités. Une avance de 56 millions d’euros avait été versée à AEE Power EPC alors que les travaux n’avaient pas commencé. AEE Power Sénégal, appelée à intervenir comme sous-traitant, réclamait une partie de cette avance. Dans une note, l’ex-ministre de l’Énergie Birame Souleye Diop avait décrit les blocages du programme et soulevé la question du devenir de ces fonds.
La position concerne notamment Fernando Pablo, Fernando Sanchez et José González. Dans une correspondance adressée aux enquêteurs de la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane, l’avocat soutient que ses clients sont soumis au secret de l’instruction espagnole. Une nouvelle audition à Dakar pourrait, selon lui, recouper les investigations menées à Madrid.
Le patron d’AEE Power EPC, José Ángel González Tausz, défend pour sa part Jean-Michel Sène dans ce dossier et affirme que son entreprise a rempli l’ensemble de ses engagements. Le chantier avait été interrompu pendant près d’un an et demi sur décision de l’ARCOP, une suspension ensuite jugée illégitime par la Cour suprême. Cette chronologie est au cœur de la bataille entre les accusations de blocage et les obligations que chaque partie estime avoir respectées.
Le dossier sénégalais a parallèlement franchi une nouvelle étape. Après la clôture de l’enquête préliminaire, une information judiciaire a été ouverte à Dakar et une commission rogatoire a été adressée à l’Espagne afin de solliciter des pièces auprès des autorités judiciaires espagnoles.
Le président du Conseil d’administration d’AEE Power EPC avait déjà été entendu comme témoin par les enquêteurs les 4 et 12 août 2026. Des documents avaient alors été remis aux enquêteurs.
La défense maintient par ailleurs les procédures engagées contre Thierno Alassane Sall au Sénégal. Me Patrice Kabou a déposé contre lui une plainte pour diffusion de fausses nouvelles, diffamation et collecte frauduleuse de documents bancaires. Le député avait affirmé détenir des relevés bancaires issus de la justice espagnole montrant que près de 30 milliards de francs CFA s’étaient évaporés dans le dossier des 37 milliards de l’ASER.
Me Patrice Kabou travaille sur ce volet avec Me Ousseynou Gaye, avocat domiciliataire de la société au Sénégal. Pour les faits qu’elle attribue au député et qui auraient été commis dans le pays, AEE Power EPC entend continuer à saisir les juridictions sénégalaises. Les faits visés par l’instruction espagnole doivent, selon la défense, relever de la procédure menée à Madrid.
