Le directeur du Centre de formation judiciaire (CFJ), Souleymane Téliko, a profité mardi de la cérémonie de sortie de la promotion 2024-2026, composée de 36 magistrats, pour lancer un plaidoyer en faveur d’une justice pleinement indépendante. « L’État de droit se juge dans les tribunaux », a t-il plaidé.
En présence du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, il a rappelé que la consolidation de l’État de droit passe nécessairement par une séparation effective des pouvoirs.
Ancien président de l’Union des magistrats sénégalais (UMS), Souleymane Téliko a insisté sur le rôle central de l’institution judiciaire dans une démocratie. « L’indépendance de la justice est consubstantielle à la séparation des pouvoirs et à l’État de droit », a-t-il déclaré, rappelant que ce principe est consacré par l’article 91 de la Constitution, qui garantit l’indépendance du pouvoir judiciaire à l’égard des pouvoirs exécutif et législatif.
Pour illustrer son propos, il est revenu sur la décision rendue le 15 février 2024 par le Conseil constitutionnel, qui avait rejeté le report de l’élection présidentielle en dehors du cadre prévu par la Constitution.
Selon lui, cette décision a démontré que « l’État de droit n’est pas seulement une affaire de normes ou de textes à adopter. C’est à l’épreuve de la pratique judiciaire que se mesure son effectivité ».
Le directeur du CFJ a rappelé qu’en annulant un acte illégal de l’administration, en garantissant les droits de la défense ou en tranchant un contentieux électoral avec impartialité, le juge protège les citoyens contre l’arbitraire et contribue à la stabilité institutionnelle.
« La consécration des droits et libertés fondamentaux, conjuguée à l’affirmation d’une justice indépendante, constitue le socle institutionnel sur lequel repose l’État de droit », a-t-il affirmé.
S’adressant aux nouveaux magistrats, Souleymane Téliko leur a rappelé la portée de leur mission.
« Le magistrat est bien plus qu’un technicien de la loi : il est le serviteur dévoué, la sentinelle et le gardien attitré de l’État de droit », a-t-il souligné, estimant que la défense d’une justice forte fait partie intégrante de leur responsabilité.
Il a toutefois estimé que cette mission ne pourra être pleinement accomplie sans réformes institutionnelles.
Si la justice est reconnue comme un pouvoir par la Constitution, « elle demeure, dans plusieurs de ses dimensions, soumise à la logique d’un service public ordinaire », a-t-il regretté.
Souleymane Téliko a pointé trois principales faiblesses :
la dépendance budgétaire des juridictions, qui ne maîtrisent pas leurs ressources humaines, matérielles et financières ; la fragilité du statut des magistrats malgré le principe d’inamovibilité ; et l’autonomie limitée du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), dont le rôle reste essentiellement consultatif.
Face à ces constats, il a appelé les pouvoirs publics à poursuivre les réformes destinées à renforcer l’indépendance de la justice.
Il a notamment plaidé pour que le Conseil supérieur de la magistrature devienne « un véritable organe de proposition et de décision », estimant qu’une telle évolution permettrait de mieux protéger les magistrats, de renforcer la confiance des citoyens envers la justice et de consolider durablement l’État de droit au Sénégal.
Pour le directeur du CFJ, la consolidation de l’État de droit est une responsabilité partagée. Elle incombe aux magistrats, appelés à défendre l’indépendance de leur institution, mais également aux gouvernants, qui doivent créer les conditions d’une justice véritablement autonome.

