Les géants énergétiques de Tokyo et de Doha viennent de formaliser une collaboration de longue haleine pour sécuriser l’approvisionnement nippon. Alors que le Japon cherche à diversifier ses sources face à la transition énergétique, cet accord commercial s’accompagne d’un volet sécuritaire stratégique supervisé directement par le gouvernement.
La sécurité énergétique du Japon passe désormais par une alliance renforcée avec le Golfe. Selon les informations relayées par l’agence Anadolu, un accord majeur a été signé samedi entre l’entreprise japonaise Jera Co. et la compagnie nationale QatarEnergy. Ce partenariat porte sur l’achat de 3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an. L’engagement, qui prendra effet à partir de 2028, s’étend sur une durée de 27 ans, illustrant la volonté de Tokyo de verrouiller ses approvisionnements sur le très long terme.
Pour Jera, l’un des plus importants acheteurs de GNL à l’échelle mondiale, cette signature répond à une stratégie précise : constituer un portefeuille « résilient et diversifié ». L’entreprise japonaise multiplie les points d’ancrage, s’approvisionnant simultanément au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et aux États-Unis. Si le Japon poursuit le développement du nucléaire et des énergies renouvelables, la production d’électricité à partir de centrales thermiques demeure une composante incontournable de son mix énergétique.
Les chiffres officiels confirment cette dépendance. Le dernier plan énergétique japonais prévoit certes une réduction de la part de l’énergie thermique, visant une fourchette de 30 % à 40 % d’ici l’exercice 2040, contre 68,6 % en 2023. Cependant, les volumes actuels restent massifs : en 2023, l’archipel a importé 66,15 millions de tonnes de GNL. Jusqu’ici, l’Australie dominait largement ce marché avec 41,6 % des parts, suivie de la Malaisie (15,6 %), le Qatar ne représentant que 4,4 % des importations. Ce nouveau contrat devrait modifier ces équilibres.
Au-delà des volumes commerciaux, l’accord intègre une dimension politique cruciale. Le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie a paraphé un protocole d’accord avec les deux entités. Cette clause spécifique autorise Tokyo à solliciter des approvisionnements supplémentaires en GNL en cas de catastrophes naturelles ou de situations d’urgence, offrant ainsi une garantie de stabilité au réseau électrique japonais face aux aléas climatiques.