Iran–États-Unis : le détroit d’Ormuz relance un précédent maritime au lourd bilan

La fermeture de fait du détroit d’Ormuz, après des blocus concurrents imposés par les États-Unis et l’Iran, remet en lumière une arme ancienne des conflits maritimes. Ce passage étroit a longtemps transporté environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux, et son blocage relance l’attention sur d’autres sièges navals qui ont marqué l’histoire contemporaine.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, plusieurs blocus modernes ont eu des conséquences militaires, économiques et humanitaires majeures, parfois immédiates, parfois visibles seulement des années plus tard. Parmi les cas recensés figurent notamment Gaza, le Biafra au Nigeria, Cuba, la Corée du Nord, le Japon, l’Empire ottoman et l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale.

Dans la bande de Gaza, Israël maintient depuis 2007 un blocus terrestre, maritime et aérien présenté comme l’un des plus longs sièges de l’époque moderne. Le territoire, peuplé de 2,3 millions de personnes, subit des restrictions sur l’entrée de biens et de produits essentiels. Avant octobre 2023, les pêcheurs étaient déjà limités à 6 à 15 milles nautiques des côtes, en dessous des 20 milles nautiques prévus par les accords d’Oslo. Depuis 2008, plusieurs navires de la Freedom Flotilla ont tenté de briser ce blocus. Le 30 avril, Israël a mené une opération contre 22 des 58 navires de la campagne Global Sumud Flotilla, en eaux internationales, à plus de 1 000 km de Gaza.

Au Nigeria, le gouvernement fédéral a imposé en juillet 1967 un blocus terrestre, maritime et aérien à la République sécessionniste du Biafra. Ce siège, qui a duré près de trois ans, s’est achevé avec la reddition biafraise en janvier 1970. Le bilan avancé varie, mais il est estimé que un à deux millions de personnes sont mortes, en grande majorité de faim et de maladie. Dans un autre contexte africain, la patrouille de Beira, menée par la marine britannique pendant neuf ans, visait à empêcher l’acheminement de pétrole vers la Rhodésie, aujourd’hui le Zimbabwe, via le port mozambicain de Beira. L’opération a mobilisé 76 navires britanniques, sans atteindre pleinement son objectif, et a pris fin en juillet 1975.

Dans les Caraïbes, les États-Unis ont instauré en octobre 1962 une « quarantaine » navale autour de Cuba après la découverte de sites soviétiques de missiles nucléaires. La ligne de contrôle se situait à 500 milles nautiques des côtes cubaines. La phase la plus dangereuse de la crise a duré 13 jours, avant un accord prévoyant le retrait des armes offensives soviétiques de Cuba contre un engagement public américain de ne pas envahir l’île, ainsi qu’un accord secret sur les missiles américains en Turquie. La mesure a été levée le 20 novembre 1962.

D’autres blocus ont laissé des traces durables. Pendant la guerre de Corée, les forces navales de l’ONU conduites par les États-Unis ont bloqué le port nord-coréen de Wonsan pendant 861 jours, jusqu’à l’armistice de juillet 1953. Durant la Seconde Guerre mondiale, les sous-marins américains ont coulé environ 1 300 navires marchands japonais et près de 200 navires de guerre, faisant pratiquement cesser les importations pétrolières du Japon en 1945. Lors de la Première Guerre mondiale, les Alliés ont aussi imposé un blocus sur la côte orientale de la Méditerranée contre l’Empire ottoman, dans un contexte de famine qui aurait causé 500 000 morts d’ici 1918. La marine britannique a enfin bloqué l’Allemagne dès 1914, avec un bilan estimé entre 424 000 et 763 000 morts civils liés à la faim et à la malnutrition, avant une levée complète en juillet 1919.

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