Le blocus de fait exercé dans le détroit d’Ormuz engendre l’une des pires crises énergétiques de ces dernières décennies, faisant planer le spectre d’une récession mondiale. Près de 2 000 navires se retrouvent actuellement immobilisés aux abords de ce couloir maritime stratégique, situé entre l’Iran, Oman et les Émirats arabes unis.
Selon les informations d’Al Jazeera, Téhéran utilise cette voie, par laquelle transite environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, comme levier géopolitique depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et Israël le 28 février. Les conséquences sur le marché sont directes : les prix mondiaux du pétrole ont bondi de 40 % pour dépasser la barre des 100 dollars le baril, forçant plusieurs pays asiatiques à rationner le carburant.
Pour autoriser la traversée de ses eaux territoriales, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a instauré un système de contrôle strict. Les opérateurs maritimes doivent soumettre une documentation complète (numéro de l’Organisation maritime internationale, nature de la cargaison, identité de l’équipage, destination finale) à des intermédiaires liés au CGRI. Si le navire réussit cette vérification, il reçoit un code d’autorisation transmis par radio VHF et bénéficie d’une escorte iranienne. Dans le cas contraire, le passage est refusé.
Au-delà de ce filtrage, une dimension financière s’est ajoutée au dispositif. Le parlement iranien prépare actuellement une législation pour officialiser la perception de droits de passage. Alaeddin Boroujerdi, un député iranien, a confirmé lors d’une intervention télévisée que le pays exigeait désormais des frais de transit, atteignant pour certains navires la somme de 2 millions de dollars. Des données maritimes indiquent que certains paiements ont déjà été effectués en yuans, la monnaie chinoise, par l’intermédiaire de sociétés de services maritimes.
L’Iran a précisé que le détroit reste ouvert aux navires jugés « non hostiles », à l’exclusion stricte des États-Unis et de leurs alliés. Des navires de pays qualifiés d’amis, tels que la Malaisie, la Chine, l’Égypte ou l’Inde, ont pu traverser récemment. Le gouvernement indien a toutefois précisé n’avoir versé aucune somme à Téhéran pour sécuriser le passage de ses navires.
Sur le plan juridique, la légalité de cette mesure divise. Si la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) garantit le droit de passage inoffensif, l’Iran souligne que son parlement n’a jamais ratifié ce texte, s’estimant ainsi non lié par ce régime international. La largeur du détroit n’étant que de 21 milles marins à son point le plus étroit, les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman s’y chevauchent, ne laissant aucun espace pour des eaux internationales.
Cette dynamique exacerbe les tensions au Moyen-Orient, où les pays de la région tentent de coordonner une réponse face à l’urgence sécuritaire. Sultan al-Jaber, PDG de la compagnie pétrolière émiratie ADNOC, a qualifié ces restrictions de « terrorisme économique ». En parallèle, l’armée israélienne a annoncé avoir éliminé Alireza Tangsiri, le commandant de la marine du CGRI en charge de ces opérations, lors d’une récente frappe aérienne.