Nées à Keur Massar Nord, pensées pour tout le pays : cinq propositions de l’Association des Délégués de quartier pour mieux prévenir, mieux agir et tirer les leçons de chaque hivernage.
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À Keur Massar Nord, chaque hivernage ramène la même inquiétude. Notre commune compte 105 quartiers et 224 765 habitants, selon les données du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5) de 2023 publiées par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Dans plusieurs secteurs, la nappe phréatique proche de la surface complique l’évacuation des eaux et favorise leur stagnation. Le 4 octobre 2026, la station de Keur Massar a relevé 111 mm de pluie. En 2022, les Unités 11, 14, 15 et 17 des Parcelles Assainies, des quartiers environnants et des zones proches de Mbeubeuss avaient notamment été touchés.
Cette situation dépasse largement notre commune. Selon l’ANSD, 7 761 802 personnes, soit 42,8 % de la population sénégalaise, sont exposées aux inondations, dont plus de 3,5 millions d’enfants de moins de 18 ans. À Kaolack, des quartiers comme Médina Mbaba, Kassaville et Médina Baye ont également été affectés par les fortes pluies. D’autres localités, notamment à Matam, Fatick, Saint-Louis et Thiès, connaissent elles aussi des difficultés liées aux précipitations. Cette réalité nationale appelle des réponses durables, mais aussi une meilleure prise en compte de l’expérience des populations.
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Chaque hivernage mobilise les secours. Pourtant, une question demeure : lorsque les mêmes quartiers sont touchés d’année en année, que change-t-on pour réduire les dégâts suivants ? Le 26 août 2012, la station de Dakar-Yoff avait enregistré 160,8 mm de pluie en 24 heures. Le Plan décennal de lutte contre les inondations (PDLI), couvrant la période 2012-2022, avait été estimé à environ 767 milliards de FCFA. Le 5 octobre 2026, un nouveau programme de 921 milliards de FCFA a été annoncé.
Le 13 octobre 2026, lors du Conseil des ministres, le Président de la République est revenu sur les impacts négatifs des inondations sur les populations, l’environnement et le cadre de vie, en demandant notamment un audit technique des dysfonctionnements des systèmes d’assainissement et la révision des orientations nationales. Le Premier ministre a proposé la mise en place d’un comité chargé de réfléchir à la gouvernance de la gestion des crises. Le même jour, à l’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée nationale, une proposition de résolution visant la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le PDLI 2012-2022 a été déposée, sous réserve des étapes de la procédure parlementaire.
Ces initiatives prises au plus haut niveau de l’État soulignent l’importance du sujet. Mais les investissements, les audits, la coordination et l’évaluation ne produiront pleinement leurs effets que s’ils sont reliés aux réalités vécues dans les quartiers. Il faut tirer les enseignements des actions passées, comprendre les difficultés persistantes et mieux préparer les hivernages à venir. Toute nouvelle inondation ne signifie pas nécessairement un échec ; l’efficacité d’une politique se mesure aussi à sa capacité à réduire les dommages et à corriger ses insuffisances.
C’est dans cet esprit que l’Association des Délégués de quartier de la Commune de Keur Massar Nord (ADQ-KMN) propose cinq mesures concrètes. Son initiative entend faire de la connaissance du terrain une ressource pour la décision publique, la préparation des secours et le suivi des interventions. Pour être efficaces, ces mesures doivent rester accessibles aux populations, grâce notamment aux langues nationales, à la parole, aux images et aux échanges directs.
1. Organiser une « marche des eaux » avant chaque hivernage
Avant les pluies, les Délégués de quartier, des habitants volontaires, la commune et, selon les besoins, les services techniques pourraient parcourir les zones sensibles : passages bouchés, rues régulièrement inondées, bassins ou canaux dégradés. Des photos et une liste des problèmes permettraient d’établir un premier état des lieux, à faire vérifier par les services compétents. Après l’hivernage, une nouvelle visite servirait à constater les améliorations et les difficultés persistantes.
2. Assurer le suivi des problèmes signalés
Les habitants signalent des difficultés sans toujours connaître les suites données à leurs alertes. L’ADQ-KMN propose un registre simple, tenu par la commune ou le service chargé du suivi, précisant le lieu, le problème, le service saisi et l’état d’avancement : vérification, intervention prévue, problème résolu ou solution recherchée. Les informations seraient régulièrement communiquées aux habitants, notamment en langues nationales. Tout ne peut être réglé immédiatement, mais aucun signalement ne devrait disparaître sans suite connue. Les réponses d’urgence, comme les motopompes mobilisées à Keur Massar Nord en 2022, doivent s’accompagner d’un suivi des problèmes récurrents.
3. Tirer les leçons de chaque hivernage
Après les pluies, un bilan réunirait les Délégués, les habitants, la commune et les services concernés dans les quartiers les plus touchés. Trois questions guideraient l’exercice : quels problèmes avons-nous rencontrés ? Qu’est-ce qui a fonctionné ou persiste ? Que faut-il corriger avant les prochaines pluies ? Les conclusions permettraient de fixer des priorités et d’en vérifier la réalisation.
Cette exigence doit aussi concerner les grands programmes. Le nouveau programme annoncé à 921 milliards de FCFA devrait s’appuyer sur un bilan documenté des interventions antérieures. Une question simple pourrait guider l’évaluation : que faisait l’eau avant les ouvrages, et que fait-elle aujourd’hui ?
4. Anticiper le pompage et l’accueil des sinistrés
La connaissance des habitants peut aider la commune et la Protection civile à mieux positionner les motopompes et les équipes d’intervention. Les écoles et autres lieux d’accueil possibles devraient être identifiés avant l’hivernage. Pendant les pluies, les consignes officielles doivent parvenir à toutes les familles, notamment par des messages vocaux en langues nationales, les radios, les associations et les relais communautaires.
5. Organiser le recensement des sinistrés avec le Délégué de quartier
Le décret n° 86-761 du 30 juin 1986, modifié par le décret n° 92-1615 du 20 novembre 1992, définit le Délégué comme un représentant de l’administration dans le quartier et un auxiliaire du maire. Ses missions comprennent notamment la sensibilisation contre les calamités graves et des contributions au recensement de la population. Son ancrage local peut ainsi faciliter le recensement initial des sinistrés.
Après une inondation, le Délégué pourrait établir avec les familles une première liste des personnes touchées, des maisons atteintes et des besoins. Transmise à la commune et aux autorités compétentes pour vérification, elle contribuerait à limiter les oublis et les doubles comptes.
Ces propositions ne transfèrent pas aux Délégués les responsabilités de l’État, des collectivités territoriales ou des services techniques. Ils ne sont ni des techniciens de l’assainissement ni des responsables des secours. Leur rôle est de rapprocher les institutions des populations, de faire remonter les alertes et de faciliter l’organisation locale. Les travaux, l’aménagement, l’entretien et les secours restent du ressort des autorités et services compétents. La mobilisation citoyenne doit compléter l’action publique, jamais s’y substituer.
L’ADQ-KMN propose donc d’intégrer ces cinq mesures dans un volet de proximité du programme national de lutte contre les inondations, en s’appuyant sur les dispositifs existants et en donnant une place explicite au quartier, où les difficultés sont observées au plus près des habitants.
Notre démarche est citoyenne et constructive. Les populations doivent pouvoir alerter, participer et s’organiser ; les autorités doivent écouter, décider, agir et rendre compte. Nous proposons de commencer par une expérimentation à Keur Massar Nord, avec l’accord de la mairie et des services compétents. Son coût, son utilité et ses résultats seraient évalués après l’hivernage. Les enseignements permettraient d’ajuster le dispositif avant d’envisager son adaptation à d’autres communes, puis son extension nationale si les résultats le justifient.
Notre ambition est de faire du quartier non pas un simple lieu où l’on constate les dégâts, mais un espace où l’on prévient, où l’on alerte et où l’on apprend collectivement. En prenant cette initiative, l’ADQ-KMN veut faire de l’expérience citoyenne un levier de l’action publique, pour que chaque hivernage prépare mieux le suivant et que les progrès deviennent visibles pour les populations.
*Alioune Aw
Délégué de quartier
Secrétaire général de l’Association des Délégués de quartier
de la Commune de Keur Massar Nord
Email : badou60@gmail.com




