Trois ans après le drame, l’affaire du nourrisson retrouvé dans une machine à laver à l’hôpital Abass Ndao est revenue devant le tribunal correctionnel de Dakar.
Selon Les Échos, les infirmières Ndèye Birame Sylla et Rose Niang Diop, ainsi que la buandière Astou Diène, sont poursuivies pour homicide involontaire. Le drame s’était produit en juillet 2023 au service de néonatologie, après le décès d’un nourrisson dont le corps avait été placé dans du linge destiné à la buanderie.
À l’audience du 10 septembre 2026, les prévenues ont expliqué qu’elles ignoraient la présence du bébé dans le sac de linge. La partie civile dénonce toutefois des manquements dans le tri et la manipulation du linge.
Très éprouvé, le père de l’enfant a évoqué les lourdes conséquences psychologiques du drame sur son couple. Les parents réclament 100 millions de FCFA de dommages et intérêts.
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Le parquet a requis six mois de prison ferme et 500 000 FCFA d’amende contre Ndèye Birame Sylla, ainsi que 200 000 FCFA d’amende contre Astou Diène. Pour Rose Niang Diop, le procureur s’en est remis à la sagesse du tribunal. La défense a plaidé la relaxe.
Le délibéré est fixé au 17 décembre 2026, rapporte Dakaractu.



Aucune somme, fût-elle astronomique, ne rachètera ce que cette famille a vécu. Ce n’est pas une perte : c’est la découverte que leur enfant a été traité comme un rebut, jeté avec du linge sale, puis broyé dans une machine, dans l’endroit même où l’on jurait de le protéger.
Huit nouveau-nés confiés à une seule garde de nuit. Huit vies, une paire d’yeux. Et quand l’un d’eux meurt, la réponse de l’hôpital tient en trois gestes d’une négligence stupéfiante : un corps glissé dans un sac de linge, ce sac déposé devant une buanderie sans un regard, puis enfourné dans une machine sans que personne, personne, ne remarque qu’il pesait plus lourd, qu’il gonflait autrement, qu’il y avait quelque chose d’anormal. Trois personnes, trois occasions de s’arrêter. Trois fois, rien.
On appelle ça un « homicide involontaire ». Le mot est juridiquement exact et moralement dérisoire : il habille en accident ce qui est en réalité l’aboutissement d’un système qui a renoncé à la vigilance la plus élémentaire.
On a privé cet enfant de la dignité de quitter ce monde comme il y était venu. À aucun moment on n’a songé à cette vie arrachée si brutalement, à lui offrir, en mémoire de ce qu’il n’a jamais eu la chance d’être, la seule chose que la vie ne lui avait pas encore refusée : un adieu.
Un hôpital qui laisse une seule personne veiller sur huit nourrissons la nuit ne subit pas un incident malheureux, il fabrique les conditions du prochain drame. Et six mois de prison requis pour la mort d’un enfant, c’est une réponse pénale qui semble avoir été calibrée pour ne déranger personne.
Cette famille n’a pas à se contenter d’un mot pudique et d’une peine symbolique. Elle a le droit d’exiger que les responsabilités, celles des agents comme celle de l’institution qui les a mis dans cette situation, soient nommées sans ménagement, et que des mesures concrètes empêchent qu’un autre enfant ne finisse ainsi. Sa colère n’a pas besoin d’être inventée. Elle est méritée par ce que les faits révèlent déjà.