Hawa Abdoul Ba répond à AARTU/C2D : « avant de parler de la République, parlons d’abord des signataires »

La photographie politique issue du récent communiqué de l’opposition réunie dans la plateforme de la diaspora AARTU/C2D fait réagir Hawa Abdoul Ba. La militante du PDS s’interroge notamment sur le rapprochement entre Karim Wade, Macky Sall, Amadou Ba et Thierno Alassane Sall, rappelant les affrontements qui les opposaient encore en 2024. Elle questionne également le mandat au nom duquel Karim Wade engage aujourd’hui le PDS dans cette démarche.

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In extenso

Cette photographie politique mérite quelques explications.

Je viens de prendre connaissance du communiqué signé par plusieurs responsables politiques et, franchement, avant même de répondre au fond des accusations qui y sont formulées, je pense qu’il faut commencer par regarder qui signe ce document.

Parce que parfois, la liste des signataires raconte déjà une partie de l’histoire.

Et moi, en tant que militante du PDS, il y a une image qui m’interpelle particulièrement :

Karim Wade et Macky Sall signant aujourd’hui le même communiqué au nom de la transparence, de l’éthique et de la défense de la République.

Pardonnez-moi, mais comment ne pas s’arrêter sur cette image ?

En 2012, Macky Sall arrive au pouvoir.

Un an plus tard, Karim Wade est arrêté et placé en détention dans le cadre de la traque des biens mal acquis. En 2015, il est condamné par la CREI à six ans de prison pour enrichissement illicite et à une lourde amende. En 2016, il est gracié par Macky Sall et quitte ensuite le Sénégal pour le Qatar.

Pendant des années, le PDS et le régime de Macky Sall se sont affrontés autour de cette affaire.

Karim Wade et Macky Sall ont incarné deux camps profondément opposés.

Et aujourd’hui, les voilà côte à côte, signataires d’un même texte qui prétend donner l’alerte sur la transparence, l’éthique et les dérives de la gouvernance.

Il faut quand même avoir une sacrée mémoire politique pour ne pas voir ce que cette image a d’interpellant.

Mais ce n’est pas tout.

Il y a aussi Amadou Ba.

En 2024, alors qu’il était Premier ministre et candidat de la majorité présidentielle, le PDS l’a publiquement accusé d’avoir corrompu deux juges du Conseil constitutionnel afin de faire invalider la candidature de Karim Wade. Ces accusations ont été formellement rejetées par Amadou Ba.

Je ne dis pas ici que cette accusation est juridiquement établie.

Je rappelle simplement qu’elle a été portée publiquement par le PDS et qu’elle a constitué l’un des épisodes les plus graves de la crise électorale de 2024.

Et aujourd’hui, Amadou Ba signe aux côtés de Karim Wade un communiqué consacré notamment à la transparence et à la défense de la République.

Là encore, comment ne pas s’interroger ?

Et puis il y a Thierno Alassane Sall…

En janvier 2024, alors que Karim Wade était candidat du PDS à l’élection présidentielle, Thierno Alassane Sall avait saisi le Conseil constitutionnel pour contester sa candidature, en invoquant sa double nationalité franco-sénégalaise.

La suite, nous la connaissons.

Le Conseil constitutionnel a finalement déclaré la candidature de Karim Wade irrecevable, en considérant notamment que la perte de sa nationalité française, consacrée par un décret du 16 janvier 2024, n’était pas rétroactive et qu’au moment de sa déclaration de candidature, il ne remplissait donc pas la condition de nationalité exclusivement sénégalaise.

Je ne conteste pas ici le droit de Thierno Alassane Sall de saisir la justice. Il en avait parfaitement le droit.

Mais pour mesurer toute l’ironie de la situation actuelle, il suffit de revenir aux déclarations de l’époque.

Rappelons d’abord ce que Karim Wade disait lui-même.

Le 17 janvier 2024, dans un message publié sur X, Karim Wade accusait publiquement Amadou Ba de se cacher derrière Thierno Alassane Sall dans la contestation de sa candidature. Il dénonçait alors ce qu’il présentait comme des « coups bas » et des « manœuvres déloyales ».

Ce ne sont donc pas mes mots.

Ce sont les mots de Karim Wade lui-même.

En 2024, Karim Wade présentait ainsi Amadou Ba et Thierno Alassane Sall comme étant liés dans une démarche dirigée contre sa candidature.

Et rappelons également ce que Thierno Alassane Sall disait de Karim Wade.

Il ne s’agissait pas, à l’époque, d’une simple divergence politique.

Thierno Alassane Sall accusait Karim Wade d’avoir fait de « fausses déclarations » concernant sa nationalité et parlait même d’« acte de parjure », estimant que Karim Wade avait, selon lui, produit en 2019 puis en 2023 des déclarations sur l’honneur contraires à la réalité.

Voilà les positions qui étaient les leurs en 2024.

Et aujourd’hui ?

Karim Wade, Amadou Ba et Thierno Alassane Sall se retrouvent tous les trois signataires du même communiqué politique, aux côtés de Macky Sall, au nom notamment de la transparence, de l’éthique, de la démocratie et de la défense de la République.

Encore une fois, je ne dis pas qu’il est interdit de changer d’avis, de dépasser des divergences ou de faire des alliances.

En politique, les alliances évoluent. Les adversaires d’hier peuvent devenir les alliés d’aujourd’hui.

Mais lorsque l’on regarde l’histoire récente et que l’on relit les déclarations de chacun, cette photographie politique mérite forcément quelques explications.

Qu’est-ce qui a changé entre 2024 et 2026 ?

Les convictions ?

Les alliances ?

Les rapports de force ?

Ou simplement les adversaires ?

Je laisse chacun répondre à cette question.

Mais permettez-moi, en tant que militante du PDS, de m’interroger lorsque je vois une telle photographie politique sous mes yeux.

Et maintenant, parlons du PDS.

Car il y a une question qui, pour moi, est encore plus importante.

Le nom du PDS apparaît au bas de ce communiqué.

Alors une question toute simple mérite d’être posée :

Karim Wade, au nom de quelle qualité engage-t-il aujourd’hui le PDS ?

Depuis quand est-il le Secrétaire général national du PDS ?

Depuis quand peut-il engager officiellement le parti dans une démarche politique de cette importance ?

Je pose simplement la question.

Parce que le PDS a des statuts, un règlement intérieur, des structures et des responsables.

Et surtout, le PDS n’est pas la propriété privée d’un individu, fût-il le fils de son fondateur.

Le nom de Wade mérite le respect.

L’histoire de Me Abdoulaye Wade mérite le respect.

Mais justement, l’héritage de Wade ne peut pas devenir un permis de disposer du PDS à sa convenance.

Je suis militante du PDS.

Et c’est précisément à ce titre que je considère qu’il est légitime de demander :

Qui a mandat pour engager le parti ?

Qui a décidé que le PDS devait figurer parmi les signataires de ce communiqué ?

Sur quelle base statutaire ?

Avec quel mandat ?

La question est posée.

Pour le reste, je reviendrai sur le contenu du communiqué.

Il y a beaucoup à dire.

Mais aujourd’hui, je commence par les signataires.

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