Les répercussions du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran continuent de peser sur les approvisionnements mondiaux en hydrocarbures. En Asie du Sud-Est, face à la menace d’une pénurie, les autorités de Manille viennent d’activer un dispositif légal inédit pour sécuriser leurs stocks, une initiative qui provoque déjà des remous sur le front social.
Le président philippin Ferdinand Marcos Jr a officiellement décrété un état d’urgence énergétique national. Cette mesure, prévue pour rester en vigueur pendant une année entière, vise à contrer le danger imminent qui pèse sur les approvisionnements du pays en raison de la guerre en cours au Moyen-Orient.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, les Philippines ne disposeraient plus que d’environ 45 jours de réserves de carburant, sur la base des niveaux de consommation actuels. Pour gérer cette situation, le gouvernement a formé un comité spécifique chargé de garantir la distribution ordonnée de carburant, de denrées alimentaires, de médicaments et de produits agricoles. L’exécutif est désormais autorisé à procéder à des achats de produits pétroliers avec paiement anticipé et à sanctionner sévèrement la rétention de stocks ou la spéculation. L’objectif affiché par le ministère de l’Énergie est d’acquérir rapidement un million de barils pour reconstituer un stock tampon.
Sur le plan diplomatique, Manille tente de contourner les blocages du marché. L’ambassadeur des Philippines aux États-Unis, Jose Manuel Romualdez, a indiqué que des discussions sont en cours avec Washington pour obtenir des dérogations. Celles-ci permettraient d’acheter du pétrole à des pays actuellement sous sanctions américaines, toutes les options étant sur la table, y compris l’éventualité de se tourner vers le brut iranien ou vénézuélien.
Sur le plan intérieur, la décision présidentielle se heurte à la contestation des syndicats de transporteurs et des associations de consommateurs, qui ont planifié une grève de deux jours à partir de jeudi. Le syndicat Piston qualifie la déclaration d’urgence de mesure superficielle et exige la suspension immédiate de la taxe d’accise et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les produits pétroliers pour faire baisser les prix à la pompe. Renato Reyes Jr, membre de la coalition civile Bayan, a déclaré à Al Jazeera que le dispositif ignore le problème fondamental de l’envolée des prix et l’absence de contrôle des tarifs imposés par les multinationales pétrolières.
Pour tenter d’atténuer le choc financier, l’administration Marcos a commencé à distribuer une subvention de 5 000 pesos (environ 83 dollars) aux chauffeurs de motos-taxis et aux travailleurs du transport public à travers le pays. En parallèle, des trajets en bus gratuits sont mis à la disposition des étudiants et des travailleurs dans plusieurs zones urbaines.