Frontières coloniales africaines : souveraineté et histoire commune au cœur du débat

Créée en 1895, la Fédération de l’Afrique-Occidentale française (AOF) a rassemblé progressivement huit territoires, jusqu’à sa disparition en 1958. Cette histoire éclaire aujourd’hui le débat sénégalais sur le nationalisme, la souveraineté et la xénophobie, à l’heure où la présence de ressortissants ouest-africains dans l’espace public suscite des réponses politiques concrètes.

Les frontières coloniales africaines n’ont pas empêché les populations de circuler entre les territoires de l’AOF. Des habitants partageaient des liens familiaux, commerciaux, religieux et culturels, tandis que certains servaient dans les mêmes formations militaires. L’ensemble comprenait le Sénégal, la Mauritanie, le Soudan français, la Guinée, la Côte d’Ivoire, la Haute-Volta, le Niger et le Dahomey. Ces circulations anciennes donnent une profondeur particulière aux débats actuels sur la migration : en 2022, le Niger a rapatrié plusieurs centaines de ses ressortissants qui mendiaient à Dakar. En 2025, l’État sénégalais a démantelé les campements de Colobane puis de la « Cité Haoussa », aux Mamelles.

La contribution de dakar92 rappelle que les tracés coloniaux ont été négociés lors des conférences de Berlin de 1884-1885, sans participation africaine. Elle évoque aussi le projet d’unité porté par des figures du panafricanisme comme Kwame Nkrumah, Sékou Touré et Cheikh Anta Diop. La souveraineté des États, devenue une réalité politique, ne devrait pas pour autant effacer les relations historiques entre les communautés. C’est aussi l’enjeu soulevé par Boubacar Sèye, président-fondateur d’Horizon Sans Frontières, lorsqu’il interpelle le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye : préserver la cohésion sociale et la « Téranga », tout en défendant une politique migratoire ferme mais respectueuse de la dignité humaine.

Le texte distingue la xénophobie, définie comme l’hostilité ou le rejet de l’étranger et de la différence, des rapports anciens entre communautés africaines. Il estime que la crise liée à la mondialisation capitaliste néolibérale a favorisé l’émergence de courants d’extrême droite, et appelle à ne pas confondre ces phénomènes. Cette distinction prend tout son sens lorsque les décisions de contrôle des campements et les appels à la fermeté migratoire sont mis en balance avec l’exigence de ne pas réduire les personnes étrangères à une menace.

Le professeur Joseph Ki-Zerbo rappelait un dicton yoruba selon lequel la frontière entre le Bénin et le Nigeria séparait les Anglais des Français, plutôt que les Yorubas eux-mêmes. Le gouverneur général de l’AOF résidait à Dakar.

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