Après l’accord trouvé entre le Sénégal et le FMI pour un nouveau programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars, le spécialiste en fiscalité, finance d’entreprise, financement et fusion-acquisition, Papis Traoré, appelle à transformer cette nouvelle étape en mesures concrètes pour l’économie réelle.
A l’en croire, cet accord constitue « un succès, technique autant que diplomatique » pour le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye. Mais il prévient que la signature avec le FMI ne constitue pas une fin en soi.
« Un accord avec le FMI n’est pas une fin. C’est un point de départ », souligne-t-il.
Dans sa démarche baptisée « CAP 12 », Papis Traoré propose trois mesures à mettre en œuvre sur douze mois, avec une règle d’or : aucun déficit ni nouvelle dette pour les financer.
La première priorité porte sur les arriérés de l’État envers les entreprises, notamment les TPE, PME et PMI. Il préconise le paiement accéléré des créances publiques certifiées, mais aussi la mise en place d’un mécanisme encadré de compensation entre certaines dettes fiscales et créances détenues sur l’État.
« Une entreprise peut être à la fois créancière de l’État et débitrice de l’administration fiscale », relève-t-il, estimant qu’il est incohérent d’exiger immédiatement des impôts d’une entreprise alors que l’État lui doit des sommes parfois importantes.
Deuxième axe : l’accélération des remboursements de crédits de TVA. Pour Papis Traoré, un crédit de TVA validé constitue « l’argent de l’entreprise » et son blocage pénalise directement sa trésorerie, son investissement et sa capacité à maintenir l’emploi.
Il propose ainsi un délai cible de 30 jours pour le remboursement des crédits définitivement validés.
En dernière instance, le spécialiste veut agir sur le pouvoir d’achat, notamment à travers une modulation temporaire et ciblée de la fiscalité indirecte sur certains produits essentiels. Mais cette mesure devrait être intégralement compensée par des économies ou des recettes de substitution.
Pour lui, l’effort doit prioritairement porter sur les dépenses non essentielles de l’État : parc automobile, missions, frais de représentation, structures redondantes ou encore certains achats publics.
« Avant d’en demander toujours plus au contribuable, l’État doit prouver qu’il sait tailler dans ses propres dépenses non prioritaires », insiste-t-il.
Papis Traoré estime ainsi que la rigueur budgétaire imposée par le FMI ne doit pas se traduire par une asphyxie de l’économie.
« Tenir les comptes ne condamne ni à l’impôt supplémentaire ni à l’asphyxie des entreprises », affirme-t-il.
Pour le spécialiste, les douze prochains mois seront décisifs pour réduire les tensions de trésorerie, accélérer les remboursements fiscaux, préserver le pouvoir d’achat et restaurer la confiance.
Car, avertit-il, « le risque du Sénégal n’est plus seulement la dette. C’est l’écart entre l’annonce et l’exécution ».
Le CAP 12 se veut donc un pacte entre discipline budgétaire et respiration économique : respecter les engagements pris avec le FMI tout en permettant aux entreprises et aux ménages de retrouver de l’oxygène.
