Faux labels et eau recyclée : les producteurs palestiniens dévoilent la méthode pour piéger les dattes des colonies

À l’approche du Ramadan, la demande mondiale de dattes explose, et avec elle, un phénomène de contrefaçon qui préoccupe les autorités de Ramallah. Alors que les marchés internationaux s’approvisionnent massivement, les responsables palestiniens lancent une alerte spécifique aux consommateurs : des milliers de tonnes de dattes issues des colonies israéliennes sont actuellement écoulées sous de fausses appellations palestiniennes. Face à cette fraude organisée, les exportateurs locaux ont mis en place un système de traçabilité précis pour permettre aux acheteurs de distinguer le vrai du faux.

La confusion est entretenue par des conditions climatiques similaires dans la région du bassin de la mer Morte, rendant la distinction visuelle difficile pour un œil non averti. Selon Mohammad Sawafteh, représentant de l’Union des exportateurs de dattes, cité par Anadolu, cette similitude est exploitée pour tromper le consommateur final. « Il n’y a plus aucune justification à l’importation d’un produit israélien sous prétexte qu’il serait de meilleure qualité », martèle-t-il, insistant sur la montée en gamme de la production locale.

Le code-barres, juge de paix du marché

Pour contrer ces pratiques, les producteurs palestiniens ont dévoilé les indicateurs techniques qui ne trompent pas. Le premier verrou de sécurité réside dans le code-barres. Ibrahim Daeeq, président du Conseil palestinien des palmiers et des dattes, précise que les produits authentiques sont exportés via un code-barres jordanien commençant par le 625. À l’inverse, les produits issus des colonies israéliennes portent généralement des codes débutant par 729 ou 871.

Outre le marquage numérique, la traçabilité administrative a été renforcée. Chaque lot exporté doit désormais être accompagné d’un certificat sanitaire du ministère de l’Agriculture, d’un certificat d’origine délivré par la Chambre de commerce et du document douanier « EUR.1 ». Ces mesures visent à protéger une filière vitale qui emploie près de 7 000 personnes dans la vallée du Jourdain.

L’enjeu sanitaire de l’eau d’irrigation

Au-delà de l’aspect politique et commercial, les responsables pointent une différence sanitaire majeure liée aux modes de production. Selon les explications fournies à notre source, les palmiers palestiniens sont irrigués par des sources naturelles et des puits d’eau propre. En revanche, les plantations des colonies illégales utiliseraient massivement des eaux usées recyclées.

Cette différence d’irrigation a des conséquences directes sur le produit fini. Ibrahim Daeeq décrit les dattes palestiniennes comme ayant une « couleur miel naturelle » et une taille moyenne, tandis que les fruits des colonies, dopés aux eaux recyclées, apparaissent souvent plus foncés, plus gros, mais avec une teneur en sucre et une composition nutritionnelle altérées.

Une vigilance accrue sur les marques reconditionnées

La vigilance doit également s’étendre aux marques commerciales. Si le produit palestinien s’affiche clairement sous la bannière « Product of Palestine », les produits des colonies se cachent souvent derrière des marques génériques comme Jordan River, King Solomon Dates ou Medjool Plus. Plus inquiétant, des cas de reconditionnement dans des cartons neutres ont été signalés sur certains marchés pour contourner les boycotts.

La variété « Medjool », surnommée le « roi des dattes », reste le cœur de cette bataille commerciale. Cultivée à 350 mètres en dessous du niveau de la mer, elle représente l’essentiel des exportations palestiniennes, dont 90 % sont destinés aux marchés internationaux, notamment en période de soutien diplomatique et populaire à la cause palestinienne.

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