États-Unis-Royaume-Uni : l’épisode de 1956 qui a stoppé net Londres

La visite de quatre jours du roi Charles III aux États-Unis, entamée lundi, intervient dans un contexte de tensions entre Londres et Washington. L’ambassadeur britannique à Washington, Christian Turner, a présenté ce déplacement comme une tentative de « renouveler et revitaliser une amitié unique » entre les deux alliés, alors que les relations sont fragilisées par des désaccords récents entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique Keir Starmer.

D’après Al Jazeera, Donald Trump a publiquement critiqué Keir Starmer au sujet de sa position sur la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Le média précise que ces reproches ont porté notamment sur le refus initial du chef du gouvernement britannique d’autoriser l’usage de bases militaires du Royaume-Uni pour des frappes contre l’Iran, ainsi que sur l’absence d’appui britannique pour aider Washington à rouvrir le détroit stratégique d’Ormuz.

Dans ce contexte, le média qatari revient sur plusieurs épisodes marquants de la « relation spéciale » entre les deux pays. Parmi les périodes de fort alignement figure la Seconde Guerre mondiale, lorsque Londres et Washington ont coordonné leur effort de guerre avec l’Union soviétique au sein des Alliés. Les deux capitales avaient alors adopté la stratégie dite de « l’Allemagne d’abord », donnant la priorité à la défaite de l’Allemagne nazie. En mars 1941, le président américain Franklin D. Roosevelt a aussi promulgué la loi Lend-Lease, qui a permis la fourniture d’équipements militaires au Royaume-Uni avant même l’entrée officielle des États-Unis dans la guerre.

Mais l’histoire commune a aussi connu des désaccords majeurs. En 1956, lors de la crise de Suez, les États-Unis ont condamné l’offensive menée par la France, le Royaume-Uni et Israël contre l’Égypte après la nationalisation du canal de Suez par Gamal Abdel Nasser. Le président américain Dwight Eisenhower a soutenu une résolution des Nations unies condamnant l’attaque et Washington a menacé de suspendre son soutien financier à ses partenaires européens, ce qui a contribué à l’arrêt rapide des combats.

Autre épisode de tension relevé par Al Jazeera : la guerre des Malouines en 1982. Après l’invasion argentine, les États-Unis ont d’abord refusé une demande d’assistance militaire du Royaume-Uni, Ronald Reagan préférant pousser Margaret Thatcher vers une solution négociée. Le Royaume-Uni a finalement repris les îles après une guerre de dix semaines, avec un soutien logistique américain. En 1994, l’octroi par Bill Clinton d’un visa de 48 heures à Gerry Adams, malgré l’opposition de Londres, a également provoqué des frictions avant de contribuer à l’implication américaine dans les négociations de paix en Irlande du Nord, débouchant plus tard sur l’accord du Vendredi saint de 1998.

La chronologie évoque aussi des divergences durant la guerre du Kosovo, lorsque Tony Blair plaidait pour une action militaire plus poussée que celle souhaitée par Bill Clinton. À l’inverse, la guerre d’Irak en 2003 a constitué l’un des moments de coordination les plus étroits entre les deux capitales, le Royaume-Uni devenant le principal allié de Washington dans l’invasion menée par George W. Bush. Plus tard, après la chute de Muammar Kadhafi en Libye, Barack Obama a publiquement reproché à David Cameron, dans un entretien accordé en 2016, de s’être laissé distraire dans la gestion de l’après-intervention.

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