Une décision de justice fédérale vient contrecarrer les plans de l’administration américaine dans un dossier complexe mêlant immigration illégale et erreurs de procédure. La juge de district Paula Xinis a statué, ce mardi, que le gouvernement ne pouvait placer de nouveau en détention Kilmar Abrego Garcia, un ressortissant salvadorien au cœur d’un imbroglio juridique depuis plus d’un an.
Cette ordonnance met fin, pour l’heure, aux tentatives de l’exécutif de maintenir cet homme sous les verrous, alors que les autorités peinent à présenter une solution d’expulsion viable.
**Un délai dépassé et des « menaces vides »**
Le fondement de la décision repose sur le respect des délais légaux. Selon les documents judiciaires consultés par Al Jazeera, la période de détention de 90 jours s’est écoulée sans que l’administration du président Donald Trump ne parvienne à fournir un plan concret pour le renvoi de M. Garcia hors du territoire américain.
La magistrate a particulièrement pointé du doigt l’incohérence de la stratégie gouvernementale. Alors que Kilmar Abrego Garcia est originaire du Salvador, les services d’immigration ont tenté d’organiser son transfert vers plusieurs nations africaines, notamment l’Ouganda, l’Eswatini, le Ghana et le Liberia. La juge Xinis a qualifié ces démarches de « menaces vides les unes après les autres », estimant qu’il n’existait « aucune chance réelle de succès » pour ces procédures.
Faute de perspective raisonnable d’expulsion dans un avenir proche, la Cour a conclu que la privation de liberté ne se justifiait plus.
**Un parcours marqué par une expulsion injustifiée**
Ce dossier est devenu emblématique des tensions autour de la politique migratoire américaine. Kilmar Abrego Garcia avait déjà été expulsé une première fois vers le Salvador l’année dernière. Une procédure qualifiée par la suite d’illégale par la justice, obligeant l’administration Trump à le rapatrier aux États-Unis en juin, sur ordre d’un tribunal, après avoir initialement affirmé ne pas en avoir l’autorité.
Durant son séjour forcé au Salvador, l’homme a été incarcéré dans des conditions décrites comme précaires. L’administration l’avait accusé d’appartenir au gang MS-13, sans toutefois présenter de preuves matérielles pour étayer ces allégations.
Libéré d’un centre de détention pour immigrants en décembre, M. Garcia reste toutefois dans le viseur de la justice. S’il échappe pour l’instant à une nouvelle incarcération administrative, il fait face à une accusation distincte de trafic d’êtres humains, charge qu’il rejette catégoriquement.