Les attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran ont déclenché une série de ripostes de Téhéran ciblant plusieurs pays du Moyen-Orient. Au-delà des installations militaires, le conflit s’étend désormais aux infrastructures énergétiques mondiales, avec des répercussions immédiates sur le trafic maritime dans l’une des zones les plus stratégiques du globe.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, des responsables iraniens ont évoqué la possibilité de fermer le détroit d’Ormuz. Bien qu’aucune décision officielle n’ait encore été actée, les Gardiens de la révolution islamique (IRGC) ont commencé à émettre des transmissions radio à très haute fréquence (VHF). Un responsable de l’Union européenne a indiqué à l’agence Reuters que le message adressé aux navires approchant la zone est direct : « Aucun navire n’est autorisé à passer le détroit d’Ormuz ».
Face à cette situation, plusieurs propriétaires de pétroliers ont suspendu leurs expéditions. Un haut responsable d’une importante société de négoce a confirmé, sous couvert d’anonymat, que leurs flottes resteraient immobilisées pendant plusieurs jours. Des pays comme la Grèce ont également déconseillé à leurs navires de transiter par ce canal. La tension est montée d’un cran dimanche, lorsqu’un pétrolier a été frappé au large d’Oman, marquant un déplacement des frappes vers les actifs énergétiques.
Le détroit d’Ormuz, situé entre Oman, les Émirats arabes unis et l’Iran, constitue un goulot d’étranglement de 33 kilomètres de large, avec un couloir de navigation limité à 3 kilomètres dans chaque direction. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), environ 20 millions de barils de pétrole y transitent quotidiennement, représentant une valeur annuelle de 500 milliards de dollars. Muyu Xu, analyste chez Kpler, précise à Al Jazeera que ce passage concentre près de 30 % du pétrole brut transporté par voie maritime dans le monde et environ un cinquième des expéditions mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL), principalement en provenance du Qatar.
La fermeture officielle du détroit nécessite l’approbation du Conseil suprême de sécurité nationale iranien et la ratification du gouvernement. L’EIA souligne que 84 % du brut et 83 % du GNL traversant cette zone sont destinés aux marchés asiatiques, la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud absorbant à eux seuls 69 % des volumes. Hamad Hussain, économiste chez Capital Economics, évalue qu’un baril de pétrole se maintenant à 100 dollars pourrait ajouter 0,6 à 0,7 % à l’inflation mondiale, impactant directement les politiques monétaires des banques centrales.