Les tensions croissantes au Moyen-Orient, exacerbées par les menaces de conflit ouvert avec l’Iran, ont des répercussions directes sur le dispositif diplomatique américain. Face à cette situation, Washington vient d’appliquer un protocole de sécurité strict concernant sa représentation à Beyrouth, au Liban.
Les États-Unis ont ordonné le départ du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth, ainsi que des membres de leurs familles. Un haut responsable du département d’État a confirmé à Al Jazeera que cette décision fait suite à une évaluation continue de l’environnement sécuritaire. La mesure vise à réduire les effectifs sur place, tout en maintenant la mission diplomatique opérationnelle grâce à la présence d’un personnel de base.
Cette directive intervient dans un contexte où les forces américaines accumulent des moyens militaires dans la région, tandis que le président Donald Trump menace régulièrement de frapper l’Iran. Le Liban se trouve au carrefour de ces tensions, portant encore les stigmates de l’offensive israélienne de 2024 qui a affaibli le Hezbollah. Bien que les États-Unis soient les principaux parrains du cessez-le-feu de 2024 entre Israël et le mouvement chiite, les hostilités persistent sur le terrain.
Les autorités libanaises accusent l’armée israélienne de violer quasi quotidiennement cette trêve. Une récente vague de frappes israéliennes a coûté la vie à au moins 12 personnes vendredi dernier. Parallèlement, Israël bloque la reconstruction des villes frontalières libanaises, empêchant le retour de dizaines de milliers de déplacés, et maintient l’occupation de cinq avant-postes sur le territoire libanais. Dans une plainte adressée aux Nations Unies en janvier, Beyrouth a documenté 2 036 violations de sa souveraineté par Israël au cours des trois derniers mois de 2025.
Face à l’éventualité d’une attaque américaine contre l’Iran, Naim Qassem, responsable au sein du Hezbollah, a laissé la porte ouverte à une intervention militaire de son groupe. Sur le plan intérieur, le gouvernement du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam a approuvé un plan américain visant à désarmer le Hezbollah. L’armée libanaise a annoncé en janvier avoir achevé la première phase de ce processus près de la frontière israélienne. De son côté, le mouvement chiite refuse de céder ses armes, invoquant la nécessité de se protéger contre l’expansionnisme israélien.
La position de Washington a été détaillée par l’émissaire américain Tom Barrack, qui a précisé que le soutien militaire des États-Unis à l’armée libanaise vise spécifiquement à contrer le Hezbollah. En décembre, Donald Trump avait d’ailleurs accusé le groupe de se comporter de manière inappropriée. Le dispositif sécuritaire de l’ambassade américaine à Beyrouth, située dans la banlieue fortifiée d’Aaoukar, rappelle les risques historiques encourus par les diplomates dans le pays, marqués par les attentats meurtriers de 1983. Plus largement, la menace d’une escalade s’étend à d’autres pays de la région, le groupe irakien Kataib Hezbollah ayant promis une guerre totale en cas de frappe contre l’Iran.