« Du Mawloud au bavardage : quand le spirituel s’efface devant le mondain », par Kalidou BÂ

Le Mawloud devrait être, avant toute chose, un temps de recueillement, de méditation et de retour aux enseignements du Prophète Muhammad. Un moment où les cœurs se délestent, ne serait-ce que quelques heures, du tumulte des contingences ordinaires pour se consacrer à la Sîra, à l’éthique prophétique, à la fraternité et à l’élévation spirituelle.

Pourtant, il suffit parfois d’observer les conversations qui gravitent autour de certaines célébrations pour constater une singulière inversion des priorités. On s’y retrouve, on s’y salue, on y échange ; mais les discussions dérivent rapidement vers les affaires privées, les querelles personnelles, les ambitions, les nominations, les alliances, les rivalités et, surtout, la politique.

Le paradoxe est saisissant : nous nous réunissons pour parler du Prophète, mais nous finissons parfois par ne parler que de nous-mêmes.

Certes, la politique n’est pas étrangère à la vie sociale. Les questions de justice, de gouvernance, de responsabilité, de solidarité ou de bien commun peuvent légitimement être abordées dans un cadre religieux. Mais lorsque la politique partisane, les intérêts individuels et les considérations mondaines supplantent la finalité spirituelle du rassemblement, il convient de s’interroger.

Le Mawloud n’est ni une foire aux ambitions, ni une antichambre des postes, ni un marché informel des confidences politiques.

Il devrait être un rendez-vous avec notre propre conscience. Car que reste-t-il d’un Mawloud si, après plusieurs heures de présence, nous connaissons mieux les intrigues politiques du moment que les enseignements du Prophète ? Que reste-t-il d’une célébration de sa naissance si nous repartons avec davantage de jugements sur nos semblables que de dispositions à améliorer notre propre comportement ?

La question mérite d’être posée sans acrimonie, mais avec une certaine intransigeance intellectuelle. Le Sénégal possède une tradition religieuse d’une profondeur remarquable. Les grandes figures de notre histoire confrérique ont fait de la transmission, de l’éducation et de la réforme morale le cœur de leur mission. Le Mawloud ne saurait donc être réduit à son aspect événementiel. Il doit demeurer un espace où la parole religieuse réhabilite la vertu, la discipline, la connaissance, la patience, la justice et la responsabilité.

Nous devons peut-être réapprendre à écouter avant de commenter, à méditer avant de juger et à nous réformer avant de vouloir réformer les autres.

La véritable question n’est finalement pas de savoir ce que nous avons dit au Mawloud, mais ce que le Mawloud a changé en nous.

Avons-nous appris à pardonner davantage ?
À être plus honnêtes ?
À respecter davantage nos parents ?
À nous détourner de la médisance ?
À faire preuve de davantage de compassion envers les pauvres et les démunis ?
À être plus justes dans nos rapports avec autrui ?
À nous rapprocher réellement de Dieu ?

Si la réponse est négative, alors il serait peut-être temps de nous interroger sur la substance même de notre participation.

Le Mawloud ne devrait pas être le prolongement de nos vanités ; il devrait être leur antidote. La politique passera. Les querelles s’éteindront. Les postes changeront de titulaires. Les alliances se feront et se déferont. Les affaires personnelles qui occupent aujourd’hui nos conversations finiront, elles aussi, par perdre leur importance.

Alors, pour les prochains Mawlouds, peut-être devrions-nous faire moins de bruit autour de nous et davantage de silence en nous.

Car célébrer le Prophète, ce n’est pas seulement commémorer sa naissance. C’est chercher, avec sincérité, à faire naître quelque chose de meilleur en nous.

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Un commentaire

  1. En tout les sénégalais sont habitués des clasico a tiwawon chaque gamou il y a le clasico Moustapha sy 2 et Moustapha sy 1 des insultes et clache sans je pense que maodo a laissé mieux que sa

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