Domitexka vise à lever près de 50 millions d’euros pour faire du coton sénégalais un textile exportable

Au Sénégal, l’usine textile Domitexka a repris vie. Arrêtée pendant des années, la filature tourne aujourd’hui grâce à l’entrepreneur Mass Thiam, qui a su relancer la production de fil de coton. Un financement de 5,7 millions d’euros accordé par la banque de développement allemande KfW, dans le cadre de l’initiative Invest for Employment, a servi de socle à cette renaissance, rapporte leral.

Ce redémarrage repose aussi sur un partenariat stratégique avec Aïssa Dione Tissus, maison reconnue en Afrique de l’Ouest. Cet accord, à la fois commercial, capitalistique et industriel, vise à créer une filière intégrée : du coton sénégalais au tissu, sans quitter le territoire. Une ambition qui répond à une réalité : le Sénégal produit un coton de qualité, prisé sur les marchés internationaux, mais sa transformation locale reste quasi inexistante.

Un besoin criant de « capital patient »

Pour passer à l’échelle, Domitexka doit lever près de 50 millions d’euros. Cet argent servirait à moderniser les équipements, renforcer la gouvernance et améliorer la productivité, explique Mass Thiam. « Notre objectif est de repositionner l’industrie textile ouest-africaine sur la scène internationale », a-t-il déclaré. L’entrepreneur milite pour des instruments financiers adaptés : des prêts de sept à douze ans, des taux supportables, des garanties mutualisées. Une approche qui rappelle le modèle asiatique, où le « capital patient » a permis l’essor de géants textiles au Bangladesh, au Vietnam ou en Turquie.

Ce besoin de financement dépasse le cas de Domitexka. En mai 2026, le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, plaidait pour une réorganisation de l’épargne africaine – 4 000 milliards de dollars – afin de combler un déficit annuel de 400 milliards. Plus tôt la même année, Mahi Kane, directeur de la Chambre de commerce américaine, relevait que des pays comme l’Allemagne empruntent à 2 % quand les États africains subissent une prime de risque élevée. Autant de freins qui pèsent sur des projets comme Domitexka.

Pourtant, la fenêtre d’opportunité est réelle. La réglementation européenne ESPR, qui entrera en vigueur d’ici 2027, et le Passeport numérique des produits à l’horizon 2030 imposeront une traçabilité totale des vêtements. Ces exigences favorisent le coton africain, non-OGM et récolté à la main. Domitexka compte bien en profiter, mais le temps presse. Des discussions sont en cours avec la Société Financière Internationale, filiale de la Banque mondiale, pour accompagner cette montée en puissance.

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