Longtemps considéré comme un héritier du socialisme sénégalais et un présidentiable crédible, Khalifa Sall a vu son influence reculer. La perte de Dakar, son échec à la présidentielle de 2024, les tensions au sein de Taxawu Sénégal et la rupture avec plusieurs anciens compagnons ont réduit sa place dans le jeu politique.
Son parcours reste marqué par une longue présence dans les institutions. Engagé très tôt dans le mouvement socialiste, il est devenu député en 1983, puis ministre sous Abdou Diouf. Élu maire de Dakar en 2009 et réélu en 2014, il s’était appuyé sur la capitale pour bâtir un réseau d’élus, une visibilité nationale et une capacité de mobilisation.
L’affaire de la « caisse d’avance » a interrompu cette trajectoire. Incarcéré en 2017, condamné puis révoqué de la mairie, Khalifa Sall a perdu son principal ancrage territorial. Comme le souligne EnQuête+, cette séquence judiciaire a pu renforcer son image d’opposant auprès d’une partie de l’opinion, tout en le privant de Dakar.
Son exclusion du Parti socialiste a ensuite éloigné l’ancien responsable de l’appareil auquel il avait appartenu durant plusieurs décennies. L’impossibilité de participer à la présidentielle de 2019 avait également interrompu sa première tentative d’accès à la magistrature suprême. Sa réhabilitation électorale en 2023 lui a offert une nouvelle possibilité, dans un paysage déjà transformé par l’ascension d’Ousmane Sonko et de PASTEF.
Au sein de Yewwi Askan Wi, l’alliance avec Sonko lui a permis de retrouver une place dans l’opposition. La coalition a remporté plusieurs grandes villes aux élections locales de 2022, tandis que Taxawu Sénégal a obtenu 13 députés à l’Assemblée nationale. Mais les divergences entre une opposition institutionnelle et négociatrice, incarnée par Khalifa Sall, et une ligne davantage fondée sur la confrontation et la mobilisation populaire sont apparues lors du dialogue national de 2023.
Le scrutin présidentiel de 2024 a fourni un indicateur chiffré de son recul. Khalifa Sall n’a recueilli que 69 760 voix, soit 1,56 % des suffrages exprimés. Son expérience institutionnelle, autrefois présentée comme un atout, a été confrontée à une demande de rupture portée par une population majoritairement jeune. Des adversaires l’ont présenté comme une figure de l’ancien système, voire comme un « dinosaure » politique.
La crise est aussi organisationnelle. Taxawu Sénégal semble avoir largement reposé sur la personnalité de son leader. La rupture avec Barthélémy Dias en 2025 a exposé cette fragilité : l’ancien compagnon politique figurait parmi les personnalités les plus visibles du mouvement.
Le 14 mars 2026, lors d’une rencontre de Taxawu Sénégal consacrée aux « dérives du populisme », Khalifa Sall a déclaré avoir prévu de garder le silence pendant 24 mois avant de changer d’avis face aux actes de l’exécutif, dont il a qualifié les membres de « novices ».

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