En Colombie, la juridiction spéciale chargée de juger les crimes les plus graves du conflit armé a publié mardi une nouvelle estimation sur les exécutions de civils attribuées à l’armée. Cette mise à jour, qui élargit la période examinée, revoit nettement à la hausse un bilan déjà connu dans le pays.
Selon les informations rapportées par Insider Paper, la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), créée dans le cadre de l’accord de paix signé en 2016 avec l’ex-guérilla marxiste des FARC, a indiqué que 7.837 civils ont été tués par des militaires puis présentés à tort comme des guérilleros morts au combat. Le chiffre est supérieur d’environ 1.400 cas à l’estimation communiquée par cette même juridiction en 2021.
À l’époque, la JEP avait recensé 6.402 cas de ce que la Colombie appelle les « faux positifs », pour la période 2002-2008. Mardi, l’institution a expliqué que le total réel était supérieur de plus de 20 %, après avoir étendu son enquête à la période 1990-2016 et intégré des informations provenant de nouvelles sources.
Lors d’une audience, le président de la JEP, Alejandro Ramelli, a déclaré qu’« il est très probable que ce nouveau chiffre augmente encore à l’avenir ». D’après Insider Paper, la majorité des cas de « faux positifs » se sont produits durant la présidence d’Alvaro Uribe, au pouvoir entre 2002 et 2010, une période marquée par une offensive militaire ferme contre les groupes insurgés.
Plusieurs militaires, dont des officiers de haut rang, ont reconnu devant la JEP avoir tué de jeunes hommes puis les avoir fait passer pour des insurgés, parfois sous la pression de leurs supérieurs. Certaines victimes avaient été habillées en uniforme de guérilla avant la présentation de leurs corps à la presse, dans ce qui est décrit comme le plus grand scandale de l’histoire militaire colombienne.
Sur le réseau X, le président colombien Gustavo Petro a qualifié ce phénomène de « pire crime contre l’humanité commis dans les Amériques au cours de ce siècle ». La JEP prévoit des peines alternatives à la prison pour les personnes qui reconnaissent les faits et réparent les préjudices causés aux victimes. L’an dernier, elle a condamné un groupe d’anciens soldats à huit ans de mesures de réparation pour le meurtre de 135 civils. Elle a aussi ordonné à sept dirigeants des FARC de mener pendant huit ans des activités de réparation liées à plus de 21.000 enlèvements attribués au groupe.