Cheikh Oumar Ba et Serigne Guèye Diop lancent une coordination Agriculture-Commerce

À Podor, les pertes post-récoltes ont été évaluées à 5 600 millions de francs CFA par une étude menée un an avant l’atelier conjoint des ministères de l’Agriculture et du Commerce. Cheikh Oumar Ba et Serigne Guèye Diop veulent rapprocher production, transformation, commercialisation et stockage, afin que les récoltes trouvent des débouchés. L’enjeu est immédiat : dans la région de Saint-Louis, près de 50 000 tonnes de riz local restent bloquées dans les magasins, dont environ 14 000 tonnes de riz blanc et plus de 40 000 tonnes de paddy. Alioune Diagne, président de l’Association nationale des riziers du Sénégal, a alerté le chef de l’État sur ces stocks en souffrance.

La coordination entre agriculture et commerce doit devenir, selon les deux ministres, un mécanisme permanent et opérationnel. L’atelier ouvert ce vendredi a été présenté comme son point de départ. Dakaractu rapporte que Cheikh Oumar Ba a insisté sur l’articulation entre les étapes de la filière : produire ne suffit pas si les récoltes ne peuvent être vendues, tandis que la transformation dépend des volumes disponibles. Les alertes sur les invendus ont déjà conduit l’État à mobiliser 3,15 milliards de francs CFA pour acheter près de 9 000 tonnes de riz blanc local et à annoncer une subvention.

Pour la dernière campagne, la production a été estimée à environ 1,15 million de tonnes, mais 400 000 tonnes seulement ont été absorbées par le circuit organisé. Le ministre de l’Agriculture a évoqué des points de collecte qui n’étaient pas opérationnels à l’ouverture, l’application inégale du prix plancher et des retards de paiement. Une étude a également recensé près d’une centaine de magasins de stockage, dont seule une faible part serait fonctionnelle ; certains n’auraient jamais été utilisés. Le Comité interprofessionnel du riz a lui aussi alerté sur les quantités invendues, tandis que des agriculteurs de la vallée du fleuve Sénégal ont réclamé le départ du ministre Serigne Guèye Diop.

Serigne Guèye Diop a, de son côté, défendu les mesures de protection des filières locales. La fermeture des frontières pour la banane est passée de trois à six mois cette année, une mesure qui aurait permis de maintenir 82 milliards de francs CFA dans le pays, malgré une plainte devant la CEDEAO. Les frontières sont restées fermées douze mois pour l’oignon l’an dernier et aucune importation de pomme de terre n’est prévue cette année, la production étant jugée suffisante.

Le ministre du Commerce a aussi annoncé un prélèvement de 800 francs CFA par kilo de riz importé. La caisse de péréquation alimentée par cette mesure est censée générer 13 à 15 milliards de francs CFA par an pour stabiliser le prix du riz local. Des équipements de stockage frigorifique sont également prévus, avec la livraison programmée des sites de Fass, Kaolack et Touba.

Cheikh Oumar Ba a indiqué qu’une nouvelle politique agricole et agro-industrielle, alignée sur l’Agenda Sénégal 2050, était en cours d’élaboration. Elle vise à porter la transformation locale à 60 %, contre 13 à 15 % actuellement, et prévoit un système national d’information partagé avec l’ANSD. Serigne Guèye Diop a annoncé un cadre national de réindustrialisation et de commerce ainsi que des réunions interministérielles trimestrielles avec le ministère des Finances et des banques, dont la BNDE.

Les ministres ont aussi évoqué un site de stockage immobilisé par un différend d’accès entre des femmes et des hommes bénéficiaires. Cheikh Oumar Ba a plaidé pour une « ingénierie sociale » en amont des investissements.

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