À Ndiassane, le khalife général des Khadres, Cheikh Bouh Sidy Mokhtar Kounta, a appelé les fidèles musulmans à puiser dans les enseignements du prophète Mohamed (PSL) et dans l’héritage de Cheikh Bou Kounta pour répondre aux difficultés du temps présent.
La cérémonie officielle du Mawlid s’est tenue dans le foyer historique de la confrérie khadre au Sénégal. Le Gamou de Ndiassane 2026 est placé sous le thème « L’éthique prophétique face aux crises contemporaines », une orientation qui entend faire de la tradition spirituelle un cadre de lecture des bouleversements actuels. La réflexion est portée par le comité scientifique Rawdul Hasīb, Ahloul Kuntiyou, autour du concept de khulq, qui désigne la disposition morale et le comportement éthique.
Cette approche a placé au centre des échanges la solidarité, la justice, l’humilité, la véracité et la cohésion sociale. Il ne s’agit pas seulement de rappeler des principes religieux, mais d’interroger leur portée concrète dans un monde marqué par les crises et la fragilisation des repères collectifs.
Le message du khalife, lu par Serigne Abdourahmane Kounta, présente la sunna comme une source de responsabilité, de savoir et d’espérance. APS rapporte également la présence d’une délégation gouvernementale conduite par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé.
Cheikh Bouh Sidy Mokhtar Kounta a estimé que la naissance du Prophète (PSL) ne devait pas être réduite à une commémoration historique. Il l’a décrite comme un moment fondateur pour l’humanité et comme une lumière opposée aux ténèbres de l’ignorance.
La réflexion sur l’éthique prophétique face aux crises contemporaines s’est appuyée sur plusieurs défis : dérèglement climatique, guerres prolongées, famines et dérives associées aux nouvelles technologies. Le khalife a notamment interrogé les fidèles sur ce qui demeure juste lorsque les repères vacillent. Le choix de faire du khulq un axe central donne à cette question une dimension pratique : la réponse aux crises se mesure aussi aux comportements, aux décisions et à la manière dont les sociétés traitent les plus vulnérables.
Selon lui, cette éthique peut guider l’action à travers l’équilibre, la générosité et la responsabilité envers tous. Il a insisté sur la sauvegarde de la vie, la protection de l’intellect et la préservation de l’environnement, rappelant que la Terre constitue un dépôt et non une propriété absolue.
L’héritage social de Cheikh Bou Kounta
Le fondateur du foyer religieux de Ndiassane, Cheikh Bou Kounta, a été présenté comme une figure ayant rapproché la spiritualité de l’engagement social. Trois axes de son enseignement ont été mis en avant : nourrir les personnes, transmettre le savoir et conserver une patience active fondée sur l’espérance.
Le khalife a évoqué l’action menée contre la faim et les greniers communautaires institués à Ndiassane. Il a rappelé que la solidarité devait s’exercer sans distinction de religion ou d’origine, en soulignant que la faim ne connaît pas de croyance. Cette conception prolonge l’idée d’une éthique prophétique évaluée à l’aune de ses effets sur la vie quotidienne et sur la dignité des personnes.
Le savoir a constitué le deuxième axe de son message. Les fidèles ont été invités à favoriser une utilisation éthique des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, afin que ces outils restent au service de l’être humain et ne deviennent pas des moyens de domination ou de recherche exclusive du profit.
La patience active, enfin, a été associée à l’action dans l’épreuve plutôt qu’à la résignation ou à la révolte aveugle. Le religieux a cité le travail de la terre, l’éducation des enfants et le renforcement des liens de solidarité parmi les engagements à poursuivre.
Son message a aussi établi des liens entre ces principes et des questions concrètes, notamment l’usage des algorithmes en médecine, les engagements climatiques et l’accompagnement des traumatismes vécus par les réfugiés. Ces enjeux donnent un contenu contemporain à la réflexion engagée à Ndiassane : l’éthique prophétique doit pouvoir éclairer les choix technologiques, les réponses aux urgences humanitaires et la responsabilité collective face aux crises.
Cheikh Bouh Sidy Mokhtar Kounta a appelé les fidèles à redécouvrir, dans l’héritage prophétique et l’enseignement de Cheikh Bou Kounta, des pistes de réflexion pour agir face aux grands défis de l’époque.
Il a enfin invité à préserver ensemble « le vrai, le juste et l’humain ».
