« Toute attente a un seuil de tolérance », résume le sociologue Pr Djiby Diakhaté. Au Sénégal, les difficultés du quotidien — prix élevés, emploi difficile pour les jeunes, coupures d’électricité et menace d’inondations — nourrissent l’impatience, tandis que la dette et les caisses sous contrainte limitent la marge de manœuvre de l’État.
L’alternance de 2024, portée par une demande de rupture, avait fait naître de fortes attentes autour d’une amélioration des conditions de vie. L’élection de Bassirou Diomaye Faye, suivie de la victoire de Pastef aux législatives anticipées du 17 novembre 2024, a installé une nouvelle majorité. Mais ce changement ne suffit pas à modifier automatiquement le fonctionnement de l’État, ni à faire sentir rapidement les effets des réformes dans le quotidien. Selon le Pr Diakhaté, cette attente s’accompagne d’anxiété et de désorientation : les revenus des ménages sont sous pression et leur capacité à consommer s’est réduite.
La demande de réponses concrètes se fait aussi entendre dans le débat politique. Réagissant à un entretien du président Bassirou Diomaye Faye, le Bureau politique d’ARC a dénoncé un déséquilibre entre considérations politiques et impératifs socio-économiques. Le parti évoque une crise économique interne accrue et une justice discréditée, alors que le coût de la vie, la dette et l’emploi restent au cœur des préoccupations. Cette critique rejoint le décalage que décrivent les habitants entre les attentes suscitées par l’alternance et les changements perceptibles.
Les délestages au Sénégal illustrent ce décalage entre les échéances annoncées et l’expérience des habitants. Lorsque le retour à la normale est promis, les citoyens peuvent patienter ; si l’échéance passe sans amélioration notable, l’attente peut se transformer en frustration et alimenter un sentiment d’abandon. Dans son analyse publiée par senenews, le sociologue estime que le crédit accordé au pouvoir demeure, mais qu’il n’est pas illimité.
Les croyances, les traditions, les usages ainsi que le rôle des autorités religieuses et des figures d’influence contribuent, selon Djiby Diakhaté, à contenir l’expression de la colère. Il souligne toutefois que ces mécanismes de régulation ne sont pas inépuisables. L’ampleur du désespoir social et économique se lit aussi dans les départs irréguliers : des jeunes Sénégalais risquent leur vie lors de traversées dangereuses.
Le Pr Diakhaté avertit qu’une colère diffuse peut rester silencieuse longtemps avant qu’une figure ne parvienne à l’organiser, à la politiser et à lui donner une direction. Face à des urgences qui touchent directement les conditions de vie et poussent certains jeunes vers des routes périlleuses, l’unité au sommet de l’État apparaît comme un enjeu essentiel.




