« Au 30 juin, la plupart de nos entreprises vont être mises en défaut de paiement », a prévenu Bara Tall, ingénieur polytechnicien et PDG du groupe Jean Lefebvre Sénégal, lors d’une conférence de presse de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES) ce jeudi 18 juin à Dakar. L’homme d’affaires s’exprimait au micro de la RFM, dans le journal de 12h.
Selon lui, les entreprises sont étranglées car elles ont avancé leurs fonds propres et ceux de leurs fournisseurs dans des projets publics que l’État a bloqués. « C’est de l’argent de nos fournisseurs, de nos banques, que nous avons mis dans les projets que l’État a bloqués », a-t-il expliqué. Il a souligné que le secteur du BTP est particulièrement touché, rappelant l’adage « quand le bâtiment va, tout va ».
Cette crise de liquidité s’inscrit dans un contexte macroéconomique tendu. Le service de la dette atteint environ 1 200 milliards FCFA entre juin et juillet 2026, avec 582 milliards en juin et 633 milliards en juillet. Mouhamed Fall Al Amine estime que lorsque la charge mensuelle dépasse 300 milliards FCFA, le pays s’expose à un choc macroéconomique majeur. Par ailleurs, le Pr Ahmadou Aly Mbaye avertit que la « mauvaise dette » (financement des dépenses courantes) prend le dessus sur la « bonne dette » (investissement productif), mettant en garde contre une « décennie perdue » comparable aux années 1980-1990.
Des mesures jugées insuffisantes
En réaction, le gouvernement a annoncé l’accélération de l’apurement de sa dette intérieure et un accompagnement ciblé des entreprises en difficulté. Mais pour Bara Tall, cela ne suffit pas. « Il ne s’agit plus d’apurer cette dette intérieure. L’État se vante d’avoir récupéré 20 milliards FCFA sur des programmes arrêtés. Combien les entreprises ont perdu depuis lors ? Je dirais des centaines de milliards en termes de résultats financiers et surtout de crédibilité », a-t-il martelé.
Le Sénégal fait face à une menace de crise de liquidité pour le second semestre 2026. Selon Dakarmatin, les arriérés de paiement de l’État envers les entreprises privées, principalement dans le BTP et les infrastructures, dépasseraient 300 milliards de FCFA. Le Conseil national des dirigeants d’entreprises du Sénégal (CNDES) avait déjà tiré la sonnette d’alarme, appelant l’État à des concertations. Le pays peine à lever des fonds : seulement 84 milliards FCFA obtenus sur 278 milliards visés en mai 2026, alors que la dette est estimée à 132% du PIB.


