Sénégal : « La mauvaise dette prend le dessus », avertit le Pr Ahmadou Aly Mbaye

Le professeur Ahmadou Aly Mbaye tire la sonnette d’alarme sur la crise financière que traverse le Sénégal depuis septembre 2024. Dans une analyse publiée sur IAFDD, l’universitaire, qui s’inquiète du poids de la dette, met en garde contre le risque d’une nouvelle « décennie perdue », comparable aux années 1980-1990 marquées par l’ajustement structurel, la dégradation des services sociaux et la paupérisation des populations.

Selon lui, la situation actuelle se distingue par une dette de plus en plus orientée vers le financement des dépenses courantes plutôt que vers l’investissement productif.

« La “mauvaise dette”, celle qui finance la consommation et les besoins de fonctionnement de l’État, est en train de prendre le dessus sur la “bonne dette” », avertit-il. Ahmadou Aly Mbaye souligne également le basculement vers une dette privée « plus chère, plus contraignante », au détriment des financements concessionnels.

L’économiste rappelle que les conséquences des précédentes crises avaient durablement freiné le développement du pays. Il cite notamment la stagnation du PIB par habitant entre 1960 et 2010, malgré plusieurs décennies d’indépendance. À ses yeux, les indicateurs actuels restent préoccupants : infrastructures insuffisantes, faibles performances sociales, difficultés de financement de l’adaptation climatique et pression croissante du service de la dette.

Les chiffres du budget 2026 illustrent, selon lui, cette tension. « Les intérêts de la dette y atteignent 1190 milliards FCFA », soit près de 19 % des recettes totales, précise-t-il, ajoutant que ce montant représente presque quatre fois le budget de l’Enseignement supérieur et cinq fois celui de la Santé.

Face à cette situation, Ahmadou Aly Mbaye estime que la résolution de la crise ne peut se limiter à une logique comptable. « Toute solution visant à sortir le pays de la crise financière actuelle devrait éviter de considérer la solution au problème de la dette comme une fin en soi », soutient-il.

Il plaide plutôt pour une stratégie intégrant la consolidation de la base productive et institutionnelle afin de créer un « espace fiscal de long terme ».

L’universitaire relève toutefois quelques atouts du Sénégal dans ses négociations avec les bailleurs et créanciers. Il évoque notamment « son système politique ouvert », une diplomatie « historiquement équilibrée » et une économie qu’il juge encore « relativement attractive ».

S’inspirant des discussions internationales sur la réforme de l’architecture financière mondiale, Ahmadou Aly Mbaye défend aussi l’idée d’une « pause fiscale », consistant à suspendre temporairement le paiement du service de la dette en cas de chocs majeurs liés à la pauvreté, à l’insécurité alimentaire ou aux crises énergétiques.

Il estime que cette approche pourrait renforcer la position du Sénégal dans ses discussions avec le FMI et ses partenaires financiers.

En dernière instance et en dernière analyse, il appelle les autorités à engager des « négociations constructives » avec les partenaires internationaux tout en améliorant la gouvernance de la dette publique. Il insiste particulièrement sur la transparence dans les systèmes d’information, d’enregistrement et d’approbation des conventions de financement.

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