Maître de conférences titulaire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Mor Gassama décrypte les enjeux d’une éventuelle restructuration de la dette et ses implications pour le Sénégal. Selon l’économiste, ce mécanisme intervient généralement lorsque « un pays n’arrive plus à faire face à ses engagements financiers », une situation qui, à ce stade, « ne correspond pas au cas du Sénégal».
La restructuration peut pourtant offrir des marges de manœuvre importantes. Elle permet, explique-t-il dans Sud Quotidien, « une annulation partielle de la dette ou un rééchelonnement des échéances, souvent accompagné d’une baisse du service de la dette ». Les économies générées peuvent alors atteindre « des dizaines, voire des centaines de milliards de francs CFA », susceptibles d’être redirigées vers les secteurs sociaux de base. Un levier budgétaire non négligeable, selon l’enseignant-chercheur.
Mais le revers est lourd. « Reconnaître son incapacité à honorer sa dette revient à envoyer un signal de risque élevé aux marchés », avertit Mor Gassama. La conséquence directe est une dégradation de la crédibilité financière, avec des financements futurs plus rares et plus coûteux. « C’est un scénario que les investisseurs redoutent et cherchent généralement à éviter », souligne-t-il.
Dans ce contexte, la position ferme du Premier ministre Ousmane Sonko, excluant toute restructuration, est perçue comme un message rassurant. « Affirmer que le Sénégal peut honorer ses engagements et disposer de perspectives économiques prometteuses constitue un signal positif pour les marchés », analyse l’universitaire. Cette posture contribuerait à consolider la confiance des partenaires financiers.
Un signal que semblent confirmer les marchés obligataires. Malgré les inquiétudes initiales, les eurobonds sénégalais, notamment ceux arrivant à échéance en 2028, affichent une certaine résilience. « Contrairement à l’épisode de la dette cachée, les marchés ne réagissent pas négativement », observe Mor Gassama, notant que les indicateurs financiers ne se sont pas dégradés.
Pour l’économiste, cette évolution s’explique par un principe bien connu : « Les marchés sanctionnent rarement durablement un pays qui engage des réformes et fait le choix de la transparence ». Reste une interrogation centrale : les marchés financiers sont-ils en train de réévaluer le risque sénégalais ?