Que révèlent les attaques coordonnées du 25 avril au Mali sur le dispositif sécuritaire du régime de transition ? Selon Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute (centre de recherche africain basé à Dakar), ces événements marquent un tournant.
« L’externalisation de la sécurité n’a pas fonctionné au Mali », affirme Bakary Sambe dans un entretien à RFI Afrique (13 mai 2025). Il pointe l’échec de la stratégie Wagner-Africa Corps, illustré par la mort du ministre de la Défense Sadio Camara et le retrait chaotique de Kidal et Tessalit. « Après Barkhane, qui avait des aspects civilo-militaires, la sous-traitance à Moscou n’a pas tenu face à une guérilla localement ancrée », explique-t-il.
L’analyste sénégalais souligne aussi les limites de l’Alliance des États du Sahel (AES). Malgré l’article 5 de la charte du Liptako-Gourma prévoyant une solidarité mutuelle, ni le Niger ni le Burkina Faso n’ont apporté de soutien militaire concret. « Ces pays étaient préoccupés par leur propre sécurité intérieure », note-t-il.
Concrètement, cette situation a deux implications majeures. D’une part, le régime de Goïta risque de perdre son principal argument narratif, la reconquête sécuritaire. D’autre part, paradoxalement, les attaques ont renforcé le « ralliement autour du drapeau » dans l’opinion malienne, selon Sambe. « La légitimité du pouvoir repose sur la promesse de sécurité, et les attaques ont ouvert un parallèle inquiétant avec 2012, mais elles ont aussi consolidé le régime temporairement. »
Quant à l’alliance entre les jihadistes du Jnim et les indépendantistes du FLA, Bakary Sambe la décrit comme « une convergence de circonstances, pas un mariage ». Il doute de sa durabilité en raison d’objectifs divergents (charia contre autonomie de l’Azawad) et de l’incertitude sur l’engagement des katibas du centre du Mali.