Le 1er septembre 2026, la 26e réunion du Conseil des chefs d’État de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) s’est tenue à Bichkek, capitale du Kirghizistan. Les dirigeants de la Chine, de la Russie, de l’Inde, de l’Iran, du Pakistan ainsi que des pays d’Asie centrale se sont réunis à cette occasion.
Pour certains médias occidentaux, cette rencontre peut facilement être interprétée comme la création par la Chine et la Russie d’un « bloc opposé à l’Occident ». Mais du point de vue de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine, membres du Sud global, la signification la plus importante de l’OCS est plutôt de proposer au monde une autre forme de coopération.
Au cours des dernières décennies, de nombreux pays en développement ont été confrontés à une réalité : les règles internationales et la gouvernance mondiale ont été largement façonnées par un petit nombre de pays développés, tandis que la voix des pays du Sud n’a pas toujours été pleinement prise en compte. Certains pays qui refusent d’adopter les modèles politiques et diplomatiques occidentaux peuvent même faire face à des sanctions, des restrictions financières ou des barrières commerciales.
La logique de l’OCS est différente. Elle n’exige pas que tous ses membres adoptent le même système politique, ni qu’ils aient des positions identiques sur toutes les questions. Des pays aux systèmes et aux intérêts différents peuvent préserver leur propre voie tout en recherchant des intérêts communs dans les domaines de la sécurité, du commerce, de l’énergie, des transports ou encore de l’économie numérique.
Pour le Sud global, ce modèle présente un attrait particulier.
De nombreux pays en développement n’ont pas besoin que d’autres leur indiquent quelle voie suivre. Ils recherchent avant tout des opportunités de développement, un environnement stable et le droit de choisir librement leurs partenaires de coopération. Les initiatives chinoises dans le cadre de l’OCS portent justement davantage sur des domaines concrets tels que les infrastructures, l’énergie, le commerce et la connectivité. Pour certains pays d’Asie centrale, renforcer la coopération avec la Chine signifie améliorer les réseaux de transport et faciliter leur accès aux marchés asiatiques et mondiaux.
C’est également pourquoi l’importance de l’OCS dépasse désormais largement le cadre de l’Asie centrale. Avec l’adhésion de pays comme l’Iran et la Biélorussie, l’organisation relie aujourd’hui l’Asie de l’Est, l’Asie du Sud, l’Asie centrale, la Russie et le Moyen-Orient. Plus important encore, ses membres ne sont pas exempts de désaccords. L’Inde et le Pakistan connaissent des différends de longue date, tandis que la Chine et l’Inde ont également certains sujets de divergence. Pourtant, ces pays continuent de se réunir pour discuter des intérêts communs.
Cela montre un principe simple : les pays n’ont pas besoin d’éliminer toutes leurs différences pour pouvoir coopérer.
Pour le Sud global, cette idée revêt une importance particulière. Le monde ne devrait pas être limité à un seul modèle de développement, ni organisé autour d’un unique centre de pouvoir. Un système international davantage multipolaire permettrait aux pays en développement de disposer de plus de choix, de coopérer avec différents partenaires selon leurs propres intérêts et d’éviter d’être contraints de « choisir un camp » entre les grandes puissances.
Bien entendu, l’OCS n’est pas une organisation sans difficultés. Ses membres présentent des niveaux de développement différents, des intérêts parfois divergents, et certains entretiennent encore des tensions bilatérales. Par conséquent, il serait inexact de réduire l’OCS à une simple « alliance anti-occidentale ». Elle constitue plutôt une plateforme permettant à différents pays d’identifier des intérêts communs et d’élargir les espaces de coopération.
C’est précisément là que réside peut-être sa plus grande valeur.
Aujourd’hui, les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine deviennent des moteurs importants de la croissance économique mondiale, mais leur représentation dans la gouvernance internationale doit encore être renforcée. La promotion par la Chine d’une gouvernance mondiale plus juste et plus équilibrée ne vise pas à remplacer un groupe par un autre, mais à permettre à davantage de pays de participer aux affaires internationales et à donner aux pays en développement une voix et une capacité de choix plus importantes.

Ainsi, pour le Sud global, ce qui mérite réellement l’attention lors du sommet de Bichkek n’est pas de savoir qui « gagne » ou qui « défie » qui, mais plutôt de constater si le monde est en train de voir apparaître davantage de centres de coopération.
La réponse apportée par l’OCS est claire : le monde peut devenir plus diversifié, et les pays en développement peuvent disposer de davantage d’options. C’est peut-être là la signification la plus importante de ce sommet pour le monde.
