Le matin du 24 février 2026, lors des questions d’actualité au gouvernement, l’ambiance à l’Assemblée nationale sénégalaise était électrique. Des députés de la majorité ont traité des collègues de « chiens », selon un communiqué de l’opposition. Cet incident, rapporté par Seneweb, illustre les tensions qui traversent l’hémicycle, mais aussi un déséquilibre plus profond : le Parlement peine à peser face à un président qui concentre l’essentiel des pouvoirs.
Sur le papier, l’Assemblée vote la loi, approuve le budget et contrôle le gouvernement. Mais la Constitution de 2001, plusieurs fois révisée, organise une prééminence présidentielle. Le chef de l’État nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, fixe les politiques publiques et peut dissoudre la chambre. En face, les députés disposent d’outils de contrôle — questions orales, commissions d’enquête, auditions — mais leur portée est limitée. Les commissions d’enquête sont soumises à l’accord de la majorité et leurs conclusions n’engagent pas l’exécutif.
Un contrôle bridé par la discipline partisane
La discipline de parti achève d’affaiblir le contrôle. Les députés de la majorité présidentielle s’alignent quasi automatiquement sur les positions de l’exécutif, rendant hypothétique un rejet de projet de loi gouvernemental. L’opposition, même structurée, ne dispose pas des seuils requis pour saisir le Conseil constitutionnel ou imposer des enquêtes sans l’accord de la majorité. Le rétablissement du poste de Premier ministre après la présidentielle de mars 2024 n’a pas changé la donne : le chef du gouvernement procède du président et peut être révoqué par lui.
La menace de la dissolution plane sur les députés. L’arme constitutionnelle a été utilisée à plusieurs reprises dans l’histoire récente, dissuadant toute velléité de blocage. Les révisions successives — suppression puis retour du Premier ministre, modification de la durée des mandats — ont consolidé la centralité de l’exécutif sans renforcer le Parlement. Des voix, issues de la société civile et du monde universitaire, plaident pour un élargissement des droits de l’opposition et une autonomie financière accrue de l’Assemblée. Africtelegraph a recueilli les témoignages de plusieurs députés qui dénoncent un déséquilibre persistant.
Au-delà du cadre juridique, la culture politique sénégalaise, marquée par la personnalisation du pouvoir, façonne l’équilibre réel. Une réforme du Parlement supposerait aussi une transformation des pratiques partisanes, selon Seneweb.

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