Mamadou Diop Decroix appelle à examiner les développements politiques récents au Sénégal à l’approche d’une session extraordinaire du Parlement. Dans une tribune, il estime que les difficultés économiques et sociales du pays se combinent avec des initiatives politiques susceptibles, selon lui, de fragiliser les institutions et la paix civile.
L’ancien responsable politique rappelle que Pastef avait présenté deux objectifs lors des législatives de novembre 2024. Il s’agissait de donner au président de la République une majorité pour appliquer ses engagements et de construire un « parlement de rupture ». Ce second objectif devait notamment passer par la réduction des privilèges hérités, une action législative tournée vers les intérêts populaires et une conduite exemplaire des élus.
Le débat sur les tensions entre la majorité parlementaire et l’Exécutif s’est renforcé après un article des Échos, repris par Dakaractu et relayé par lesoleil, évoquant un « début des hostilités ». Mamadou Diop Decroix revient aussi sur la déclaration publique du 10 juillet 2025, lorsque le président de Pastef et Premier ministre de l’époque avait affirmé que le pays avait un problème d’autorité et qu’il fallait le laisser gouverner. Il y voit, dans un régime présidentiel, le signe possible d’une confrontation directe avec le chef de l’État.
Un audit de la législation toujours attendu
Pour apprécier les divergences entre le Parlement et l’Exécutif, l’auteur propose de s’appuyer sur les actes de la législature plutôt que sur les préférences partisanes. Le bilan de la législature devrait, selon lui, être mesuré à partir des réformes effectivement engagées.
Il estime que la majorité aurait dû ouvrir le chantier de la sortie du système. Si cette formule ne concernait que les personnes, leur remplacement aurait suffi. Mais si elle visait aussi les lois, les procédures et les privilèges accumulés depuis 1960, l’Assemblée nationale constituait le principal lieu de leur révision.
Mamadou Diop Decroix déplore qu’après bientôt deux années aux affaires, l’audit de cette législation n’ait pas été entamé. Il cite notamment les dispositions susceptibles d’exclure les personnes démunies, de défavoriser les femmes et les personnes vivant avec un handicap, ou encore de désavantager le secteur privé national face aux investisseurs étrangers. Il mentionne également la promotion des langues nationales et la situation des zones frontalières déshéritées.
Les moyens du Parlement en question
L’auteur met ensuite l’accent sur la préparation des députés et l’appui technique dont ils disposent. Durant le débat budgétaire, organisé d’octobre à décembre, les ministres se présentent accompagnés de hauts fonctionnaires spécialisés. Les parlementaires, eux, sont souvent seuls pour examiner les dossiers et débattre avec le gouvernement.
La création d’un corps d’experts accessible aux députés fait partie des mesures évoquées depuis plusieurs décennies. Mamadou Diop Decroix estime que cette modernisation impliquerait une réallocation importante des ressources internes de l’institution et pourrait améliorer la qualité des échanges parlementaires.
Il relie enfin les affrontements physiques observés au Parlement à l’absence de moyens et à la dégradation des débats. Selon lui, les forces de sécurité n’étaient jamais entrées dans l’hémicycle entre 1962 et 2022. Elles y sont intervenues à deux reprises entre 2022 et 2026.
