Al Aminou Lô reprend la main sur la DPG face à la majorité PASTEF

188,5 minutes de temps de parole étaient réservées à la majorité PASTEF sur les quatre heures du débat, contre 20 minutes pour Takku-Wallu et les non-inscrits au premier tour. Dans cet hémicycle présidé par Ousmane Sonko, Al Aminou Lô a choisi de répondre par les explications, les mécanismes et les chiffres, conformément à la ligne technocratique que son prédécesseur lui avait publiquement recommandée.

La DPG d’Al Aminou Lô s’est ainsi construite autour d’une méthode : ne pas subir le rythme imposé par une majorité parlementaire très large. Les dossiers de la dette, du FMI, de la vie chère et de la cohérence entre rupture politique et continuité gouvernementale ont été traités sous l’angle des contraintes de l’État.

Cette approche a également replacé le référentiel Sénégal 2050 dans une histoire collective. Âgé de 60 ans, né en 1966, économiste et banquier passé par la BCEAO, Al Aminou Lô est membre du gouvernement depuis avril 2024. Il a d’abord été secrétaire général du Gouvernement, avant de devenir ministre d’État chargé du suivi de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». À ce titre, il a coordonné l’équipe chargée de traduire le programme électoral en référentiel et supervisé le début de sa déclinaison en master plan depuis la Primature.

Lors de sa première déclaration après sa nomination à la Primature, le 25 mai 2026, il avait revendiqué une ligne de continuité. Cette trajectoire administrative et cette connaissance du dossier lui ont permis, face aux députés, de présenter le Sénégal 2050 non comme le projet d’un seul dirigeant, mais comme une architecture appelée à survivre aux changements d’équipe.

L’enjeu n’était donc pas de contester publiquement le récit de PASTEF, mais de montrer que le projet ne se résumait pas à un seul nom. Face à Sonko au perchoir, le Premier ministre a démontré sa maîtrise de l’architecture du Sénégal 2050 et de ses conditions d’exécution. Cette posture intervient alors que Sonko a aussi affirmé que son successeur avait joué un rôle dans la dégradation des relations entre le Pastef et le chef de l’État, donnant à la démonstration de continuité une portée politique qui dépassait le seul débat budgétaire.

Sur le FMI, le débat a été ramené aux données financières. Les arriérés ont été chiffrés à 1 956 milliards de FCFA, soit environ 3,5 milliards de dollars. La réponse évoquait un reprofilage plutôt qu’une restructuration classique, ainsi qu’une trentaine d’accords miniers en renégociation. Ces éléments ont permis de déplacer l’échange du registre idéologique vers celui des instruments disponibles.

Les échanges avec Abdou Karim Sall et El Malick Ndiaye ont illustré cette stratégie. Le premier a reconnu que sa préoccupation sur le FMI et la restructuration de la dette avait déjà reçu une réponse. Le second a interrogé le changement d’équipe et la pertinence des orientations de Sénégal 2050. Al Aminou Lô a alors distingué le cap, jugé pertinent dans l’analyse, de la méthode, du rythme et de l’exécution.

Dans une analyse publiée par Xibaaru, cette séquence est présentée comme une reprise de contrôle du récit parlementaire par le Premier ministre, sans affrontement direct avec la majorité PASTEF. Elle confirme surtout le choix d’Al Aminou Lô de s’installer dans le rôle que son parcours lui assigne : celui d’un exécutant de la transformation, soucieux de défendre la continuité des instruments et la solidité des chiffres.

Ousmane Sonko avait lui-même déclaré : « J’ai cheminé avec lui pendant un an et demi et nous avons abattu un travail colossal dans la confection des référentiels, notamment celui du Sénégal 2050 ».

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