Lors de la plus récente enquête Afrobaromètre au Sénégal, un contraste net apparaît dans les réponses sur les droits sexuels et reproductifs. Sept personnes interrogées sur 10, soit 69%, estiment que les filles et les femmes doivent pouvoir décider elles-mêmes si elles se marient et à quel moment.
Ce soutien chute dès qu’il est question de procréation. Seuls 29% des répondants approuvent l’idée que les femmes puissent décider seules du moment où elles auront des enfants et du nombre d’enfants souhaité. Les résultats relayés par Allafrica montrent aussi que l’accès à la contraception reste largement conditionné : 35% seulement jugent que les contraceptifs devraient être accessibles à tous, quel que soit l’âge, et 28% sans considération du statut matrimonial.
Sur l’interruption de grossesse, 39% des Sénégalais interrogés disent que, dans leur communauté, des femmes ou des filles interrompent « occasionnellement » ou « souvent » leur grossesse. Plus de la moitié, soit 55%, considèrent qu’une interruption est « parfois » ou « toujours » justifiée lorsque la santé ou la vie de la femme est menacée. En revanche, 69% répondent qu’elle n’est « jamais » justifiée en cas de grossesse issue d’un viol ou d’un inceste. Cette proportion monte à 90% lorsque la femme n’a pas les moyens économiques de s’occuper d’un enfant, et à 91% lorsqu’elle ne veut pas poursuivre la grossesse pour une autre raison.
Ces résultats s’inscrivent dans un contexte où le Sénégal a adopté une loi-cadre sur la santé de la reproduction en 2005, qui reconnaît la procréation comme un droit fondamental et fixe des principes d’accès à l’information ainsi qu’aux services de santé reproductive. Le pays a aussi signé le Protocole de Maputo, étendu l’éducation sexuelle à l’école et enregistré des avancées en matière de planification familiale et de lutte contre les mariages précoces.
Sur le terrain, plusieurs difficultés restent signalées. Au cours de l’année scolaire 2024, environ un millier de cas de grossesses précoces chez des élèves de 12 à 19 ans ont été recensés. En 2021, environ 30% des filles ayant connu une grossesse en milieu scolaire ont quitté définitivement l’école. Dans ce débat, une affiche publicitaire pour des préservatifs aromatisés installée près d’un lycée à Dakar avait déjà provoqué, en janvier 2026, des réactions de parents et de religieux sur la place de l’éducation sexuelle et des messages liés à la contraception dans l’espace public.
Dans le même temps, deux tiers des répondants, soit 66%, estiment que les écoles devraient enseigner l’éducation à la sexualité aux jeunes, et 79% jugent que les filles doivent pouvoir continuer leur scolarité même lorsqu’elles tombent enceintes ou ont déjà des enfants.