Accès à l’information au Sénégal : la loi adoptée en 2025 reste lettre morte

Plus d’un an après son adoption, la loi sur l’accès à l’information publique au Sénégal reste largement inappliquée. C’est le constat dressé par l’ONG Article 19, qui a réalisé en février 2026 une note de plaidoyer sur le sujet. Le texte, promulgué le 4 septembre 2025, bute sur des obstacles structurels.

Le principal problème est l’absence de la Commission nationale d’accès à l’information (Conai), censée recevoir les recours des citoyens et journalistes. Selon la loi, saisir la Conai est un préalable obligatoire avant de pouvoir porter l’affaire devant la Cour suprême. Or, cette commission n’a jamais été rendue opérationnelle. Le 16 avril 2026, la Cour suprême a ainsi déclaré irrecevable une demande de l’ancien magistrat Ibrahima Hamidou Dème, qui souhaitait obtenir des informations sur les fonds politiques, au motif qu’il n’avait pas d’abord saisi la Conai.

Cette opacité n’est pas nouvelle. Le Forum du Justiciable dénonce la non-publication des rapports annuels de la Cour des comptes depuis 2017 ; les exercices 2018-2024 demeurent inaccessibles, en violation du Code de transparence dans la gestion des finances publiques. Sept années de rapports manquants illustrent l’ampleur du refus de rendre des comptes, y compris au sein d’une haute juridiction de l’État.

Moussa Ngom, journaliste d’investigation, explique qu’il n’a même pas tenté d’utiliser la loi, faute de commission de recours. « Le caractère vague des restrictions prévues dans la loi » est une autre limite, ajoute-t-il. Le texte liste des catégories d’informations non communicables, comme les secrets protégés par d’autres textes ou celles dont la divulgation « peut nuire » à des intérêts nationaux.

Dans la pratique, les administrations ne jouent pas le jeu. Article 19 a testé la loi en saisissant neuf entités publiques, dont la Primature, le ministère de l’Intérieur et l’Assemblée nationale. Seule l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) a répondu. Mor Amar, rédacteur en chef du quotidien L’Enquête, confie avoir été confronté au « mur du silence » pour vérifier l’authenticité d’un document administratif. Ouestaf, média sénégalais spécialisé dans l’investigation, a également rapporté des difficultés similaires dans l’obtention de documents publics.

Cette situation n’est pas propre au Sénégal, souligne Article 19. La « culture du secret » est ancrée dans l’administration des pays francophones d’Afrique de l’Ouest. Abdoulaye Ndiaye, chargé de programmes à Article 19, estime qu’« il faut rompre avec ce culte du secret ». L’ONG préconise une divulgation proactive des informations sur les plateformes digitales, actuellement peu actualisées.

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