L’économiste et ancien ministre de l’Économie, Abdourahmane Sarr, s’est invité au débat sur la réforme des institutions. Dans une longue publication sur le réseau social X, il estime que les discussions autour de la révision de la Constitution doivent être abordées avec « sérénité », tout en plaidant pour une meilleure prise en compte de la légitimité parlementaire dans l’organisation du pouvoir exécutif.
Selon le président du CEFDEL, la séquence politique ouverte par l’élection présidentielle de 2024 a fait émerger une situation inédite. Il rappelle que l’offre politique victorieuse reposait sur le tandem Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko, ce dernier incarnant le leadership politique tandis que l’actuel chef de l’État en était le candidat dans un contexte exceptionnel.
Pour Abdourahmane Sarr, cette nouvelle configuration aurait pu être clarifiée dès l’accession au pouvoir, à travers une consultation populaire destinée à doter le nouvel exécutif d’une majorité parlementaire cohérente avant d’engager les adaptations constitutionnelles nécessaires.
Il souligne toutefois que cette clarification est finalement intervenue lors des élections législatives, au cours desquelles les Sénégalais ont accordé une large majorité à Pastef avec 130 députés. C’est, selon lui, à partir de cette séquence qu’il convient d’analyser le débat constitutionnel actuel.
L’ancien ministre distingue ainsi deux dimensions dans les réformes en discussion. La première relève, selon lui, d’une logique institutionnelle de long terme visant à consolider l’État de droit, dans la continuité des recommandations de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI). Ces réformes bénéficieraient, à ses yeux, d’un large consensus.
La seconde dimension est davantage conjoncturelle. Elle découle, explique-t-il, d’une interrogation inédite sur l’exercice du pouvoir exécutif. La Constitution sénégalaise reposait jusqu’ici sur l’idée implicite que le président de la République est également le chef politique de la majorité parlementaire. Or, l’expérience politique de 2024 a démontré qu’une autre configuration pouvait exister.
« Le véritable débat constitutionnel ne consiste donc pas simplement à rééquilibrer les pouvoirs entre le Président de la République et le Premier ministre. Il consiste à déterminer sur quelle légitimité doit reposer la direction effective de l’Exécutif », écrit-il sur son compte X visité par Senego.
Dans cette perspective, Abdourahmane Sarr estime que la Constitution devrait reconnaître explicitement le rôle de la majorité parlementaire lorsque celle-ci est clairement identifiée, afin qu’elle puisse conduire effectivement l’action gouvernementale.
L’ancien économiste du Fonds monétaire international (FMI) met également en garde contre l’organisation d’un référendum dans le contexte actuel. Selon lui, une telle consultation risquerait de transformer le débat sur les réformes institutionnelles en un affrontement politique entre les principaux acteurs, au détriment de l’examen du contenu des dispositions constitutionnelles.
S’il devait y avoir une nouvelle clarification démocratique, Abdourahmane Sarr estime qu’elle gagnerait à prendre la forme d’un triple scrutin en 2027 — présidentiel, législatif et local — afin de « réaligner les légitimités présidentielle, parlementaire et locale autour d’un mandat politique clair ».
En conclusion, l’ancien ministre invite la classe politique à ne pas perdre de vue les priorités du pays.
« Le Sénégal doit rapidement dépasser le débat institutionnel. Les institutions ne sont pas une fin en soi. L’enjeu fondamental demeure la transformation systémique de notre économie », affirme-t-il.


Belle analyse !
Excellente analyse, je me demande comment Diomaye Faye a pu se departir de brillances pareilles et s’accomoder avec des illustres anonymes, juste pour des problemes d’ego. C le Senegal qui perd et c decevant.