Les récents affrontements violents à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) entre étudiants et forces de l’ordre ravivent le souvenir des troubles qui ont secoué le Sénégal entre 2021 et 2024. Pour le Colonel (er) Sankoun Faty, juriste et acteur de la société civile, ces événements révèlent une constante implacable : quel que soit le régime en place, l’État conserve les mêmes prérogatives et fait face aux mêmes défis en matière de sécurité publique.
Le dilemme du nouveau pouvoir
Dans une analyse approfondie, l’ancien officier de police judiciaire souligne ce qu’il perçoit comme une contradiction majeure pour les nouvelles autorités. Selon lui, le cycle de violence, notamment dans l’espace universitaire, est exacerbé par une forme d' »apologie de la violence » héritée des luttes passées. Des slogans comme « gatsa-gatsa », autrefois cris de ralliement des manifestants et aujourd’hui repris par certains étudiants, illustrent cette tendance.
Le Colonel Faty estime que le gouvernement actuel est confronté à un « dilemme cornélien ». D’une part, son ascension politique a été marquée par une rhétorique de confrontation ; d’autre part, il doit désormais assumer les impératifs de gouvernance d’un État de droit où toute opposition violente est illégale. « Les contentieux se règlent devant la Justice, les contradictions sont dans l’expression libre des opinions », rappelle-t-il, invitant les autorités à aligner leurs discours et leurs actes sur les exigences de l’ordre public.
Le cadre légal, un rappel nécessaire
L’expert insiste sur le fait que la gestion de la sécurité intérieure repose sur des fondements juridiques intangibles. Les ministères de l’Intérieur et de la Justice, en première ligne, agissent sur la base de la Constitution et des lois de la République. Le droit de manifester, bien que fondamental, est conditionné par son caractère pacifique, conformément aux textes nationaux et internationaux.
Concernant l’intervention des forces de l’ordre à l’UCAD, le Colonel Faty précise qu’elle s’inscrit dans un cadre légal défini, notamment par les lois sur les franchises universitaires. Il distingue la responsabilité opérationnelle des agents sur le terrain — dont les éventuels écarts doivent faire l’objet d’enquêtes — de la responsabilité morale de l’autorité administrative ayant requis leur intervention. Le décès d’un étudiant lors de ces affrontements confronte, selon lui, le nouveau pouvoir à la « dure réalité de la gouvernance de l’ordre public » et à la complexité des missions des forces de défense et de sécurité.
Pour une solution durable : la citoyenneté comme priorité
Face à ce cycle de confrontations, le Colonel Sankoun Faty plaide pour une solution de fond : faire de la formation à la citoyenneté une « priorité absolue ». Plutôt que de se limiter à une gestion réactive des crises, il propose une réforme structurelle ambitieuse articulée autour de trois axes :
- L’Éducation nationale : Intégrer des modules de formation citoyenne diplômants dans les programmes scolaires, du primaire au secondaire.
- Le service civique national : Le rattacher au ministère des Forces armées pour plus d’efficience.
- Le service national : Appliquer son caractère théoriquement obligatoire pour tous les citoyens.
Pour le juriste, former des citoyens conscients de leurs droits, de leurs devoirs et des défis contemporains est la seule voie pour garantir une paix sociale durable et permettre au peuple de jouer pleinement son rôle dans le développement du pays.