Veto sur un prêt de 106 milliards à l’Ukraine : l’infrastructure pétrolière au cœur du blocage de la Hongrie

L’Union européenne traverse une nouvelle zone de turbulence diplomatique à l’approche du quatrième anniversaire du conflit russo-ukrainien. Si un accord a été trouvé pour cibler spécifiquement certains responsables russes, le vote d’un programme d’assistance financière majeur à destination de Kiev s’est heurté à une opposition interne.

Le Conseil européen a officialisé lundi des sanctions contre huit individus russes. Selon les informations rapportées par la chaîne Al Jazeera, il s’agit principalement de membres de l’appareil judiciaire et de directeurs de colonies pénitentiaires, impliqués dans des condamnations d’activistes et le maintien de prisonniers politiques dans des conditions dégradantes. Ces personnes font désormais l’objet d’une interdiction de voyage dans l’espace européen et d’un gel de leurs avoirs. Jusqu’à présent, 72 autres personnalités avaient déjà été frappées par des mesures similaires.

Cependant, les discussions ont échoué concernant l’adoption d’un vingtième paquet de sanctions plus large et l’octroi d’un prêt de 106 milliards de dollars à l’Ukraine. La Hongrie a opposé son veto à ces mesures qui nécessitaient l’approbation unanime des États membres de l’Union.

Budapest justifie ce blocage par un différend lié aux hydrocarbures. Les autorités hongroises, soutenues par la Slovaquie, accusent Kiev de retarder délibérément la relance des flux de pétrole russe via l’oléoduc de l’ère soviétique Druzhba, dont dépendent les raffineries des deux pays. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a qualifié la posture ukrainienne de « décision politique » menaçant la sécurité énergétique de son pays.

De son côté, l’Ukraine affirme que l’infrastructure a été endommagée il y a un mois par une frappe de drone russe et que les réparations sont menées aussi vite que possible. La tension s’est encore accrue lundi lorsque les services de sécurité ukrainiens ont revendiqué une attaque de drone ayant provoqué un incendie dans une station de pompage russe desservant ce même oléoduc. Face à la situation, le chef de la diplomatie ukrainienne, Andrii Sybiha, a exhorté la Hongrie et la Slovaquie à ne pas prendre l’Union européenne « en otage ».

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a qualifié cet échec de revers. Au-delà des enjeux énergétiques, des dynamiques politiques internes pourraient peser sur cette décision. Interrogé par Al Jazeera, Maximilian Hess, analyste au Foreign Policy Research Institute, souligne que le Premier ministre hongrois Viktor Orban, confronté à des sondages défavorables avant les élections du 12 avril, utiliserait ce dossier pour imputer les difficultés économiques de son pays à la crise ukrainienne.

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