L’éviction de Nicolas Maduro en janvier dernier n’a pas mis fin aux violations des droits humains au Venezuela. Une mission d’établissement des faits des Nations Unies vient de rendre ses premières conclusions sur la présidence par intérim de Delcy Rodriguez, dressant un tableau où les anciennes méthodes répressives s’adaptent à la nouvelle donne politique.
Devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ce jeudi, Maria Eloisa Quintero, membre de la mission, a présenté un rapport sans équivoque. Selon les éléments relayés par la chaîne Al Jazeera, l’experte a affirmé qu’il n’existe « aucun indicateur de réformes structurelles ou de changement » sous l’administration de Delcy Rodriguez, investie le 5 janvier. L’espace civique et démocratique demeure sévèrement restreint, maintenant les acteurs politiques, la société civile et les médias indépendants sous la menace constante d’attaques et d’intimidations. Au lieu de disparaître, la machine répressive de l’État serait simplement en train de « muter ».
Les données compilées par la mission onusienne font état d’au moins 87 personnes placées en détention depuis le début de l’année. La répartition de ces arrestations illustre la continuité du climat de tension : 14 journalistes ont été temporairement incarcérés alors qu’ils couvraient l’investiture de la nouvelle présidente, tandis que 27 autres individus ont été arrêtés pour avoir célébré la chute de Nicolas Maduro. Le rapport souligne par ailleurs que 15 enfants figurent parmi les personnes récemment interpellées.
Le document révèle également la situation critique de 30 fonctionnaires du Corps des enquêtes scientifiques, pénales et criminalistiques (CICPC), une branche de la police nationale. Ces officiers ont été placés en détention pour avoir refusé de produire de fausses preuves concernant l’opération militaire américaine du 3 janvier, qui a conduit à la capture de l’ancien président. Des représailles gouvernementales ont également visé leurs familles. Si le nouveau gouvernement a mis en avant la libération de prisonniers politiques et l’adoption d’une loi d’amnistie, l’ONU nuance ces avancées. Le champ d’application de cette loi reste restreint et le nombre réel de libérations s’avère inférieur aux annonces officielles, selon les vérifications locales.
Sur le plan diplomatique et légal, la mission a tenu à préciser que l’intervention militaire des États-Unis pour enlever Nicolas Maduro — actuellement emprisonné à New York pour trafic de drogue et possession d’armes — constituait une violation du droit international, bien qu’il existe des motifs raisonnables de croire que l’ancien dirigeant est responsable de crimes contre l’humanité. Aujourd’hui soutenu par l’administration du président américain Donald Trump, le gouvernement de Delcy Rodriguez a d’ores et déjà écarté l’organisation immédiate de nouvelles élections, invoquant un besoin de stabilité. Les institutions étatiques ayant joué un rôle central dans la répression n’ont, à ce jour, fait l’objet d’aucune révision.