Dans un contexte politique bouleversé par l’intervention militaire américaine ayant conduit au départ forcé de Nicolas Maduro, la transition à Caracas prend une tournure législative significative. Alors que la communauté internationale observe les premiers pas de l’administration intérimaire, Delcy Rodriguez a officialisé une démarche visant à traiter l’une des questions les plus épineuses de la société vénézuélienne : le sort des personnes détenues pour des motifs politiques.
**Une loi d’amnistie pour couvrir deux décennies de tensions**
La présidente par intérim a annoncé la mise en place d’un projet de loi d’amnistie générale. Selon les déclarations rapportées par Al Jazeera, ce texte ne se limite pas aux événements récents, mais entend couvrir « toute la période de violence politique de 1999 à nos jours ». S’exprimant devant un parterre de magistrats, de responsables militaires et de ministres, Delcy Rodriguez a exhorté l’Assemblée nationale à traiter ce dossier avec urgence.
L’objectif affiché par l’exécutif est de « panser les plaies laissées par la confrontation politique alimentée par la violence et l’extrémisme » et de réorienter la justice vers une coexistence pacifique entre Vénézuéliens.
**La fermeture symbolique d’El Helicoide**
Au-delà de l’aspect législatif, une mesure hautement symbolique accompagne cette annonce : la fermeture définitive d’El Helicoide. Ce bâtiment, prison notoire des services secrets à Caracas, a longtemps été pointé du doigt par les organisations indépendantes pour des cas documentés de torture et d’abus des droits humains.
L’infrastructure ne sera pas détruite mais transformée. Le gouvernement prévoit d’en faire un centre sportif, social et culturel au profit des quartiers environnants. Cette annonce a été faite en présence de responsables que d’anciens prisonniers accusent pourtant d’avoir supervisé ces mêmes installations.
**La bataille des chiffres et la vigilance des ONG**
La mise en application de cette amnistie reste sous surveillance. L’ONG Foro Penal, spécialisée dans la défense des droits des prisonniers, estime qu’il y a actuellement 711 personnes détenues pour leurs activités politiques à travers le pays, dont 183 ont déjà été condamnées. Si des officiels gouvernementaux évoquent la libération de plus de 600 personnes, ces chiffres manquent de clarté sur le calendrier et pourraient inclure des libérations antérieures.
Alfredo Romero, président de Foro Penal, a accueilli favorablement le projet tout en posant des conditions strictes. Pour lui, cette amnistie doit s’appliquer à toute la société civile « sans discrimination » et ne doit pas devenir un « manteau d’impunité » pour les persécutions passées.
Depuis l’opération menée par les États-Unis contre Nicolas Maduro, Foro Penal a recensé la libération effective de 302 prisonniers, dont le défenseur des droits humains Eduardo Torres, libéré vendredi dernier après une détention débutée en mai 2025.