Thiaroye 1944 – Tribunal administratif de Paris: La France condamnée pour avoir dissimulé les circonstances de la mort d’un tirailleur

Plus de 80 ans après le drame, la justice française reconnaît une part de responsabilité de l’État dans le dossier du Massacre de Thiaroye. Le tribunal administratif de Paris a condamné l’État pour ne pas avoir mobilisé tous les moyens nécessaires afin d’éclairer les circonstances de la mort d’un tirailleur africain tué lors de cette tragédie, informe l’AFP visitée par Senego.

Saisi par le fils d’un des tirailleurs qui, après avoir servi la France au cours de la seconde guerre mondiale, a été tué par l’armée française en même temps que d’autres qui réclamaient le paiement de leur solde, le tribunal a pointé de graves défaillances. Dans sa décision, il souligne que les autorités françaises ont, dans les années ayant suivi les faits, fourni « plusieurs informations erronées » à la famille du soldat. Parmi celles-ci : l’accusation de désertion, l’affirmation que sa solde avait été intégralement versée, ou encore la justification des tirs comme une réponse proportionnée.

Si ces éléments ont été progressivement corrigés — notamment en 2019, lorsque la France a reconnu que le tirailleur n’était pas déserteur, puis en 2024, lorsqu’il a été déclaré « mort pour la France » — le tribunal estime que cela ne suffit pas. Les juges reprochent à l’État de ne pas avoir engagé toutes les investigations nécessaires pour faire la lumière sur les circonstances exactes du décès et sur le lieu d’inhumation du soldat.

Ces manquements constituent, selon la juridiction, une faute engageant la responsabilité de l’État. Toutefois, en raison de la prescription des faits, la justice n’a pas pu se prononcer sur la responsabilité directe liée à la mort elle-même. Elle a donc limité la réparation au préjudice moral causé par l’absence de vérité, accordant une indemnisation de 10 000 euros au fils du tirailleur, a appris Senego.

Le drame remonte au 1er décembre 1944, lorsque l’armée française a ouvert le feu à Thiaroye, près de Dakar, sur des tirailleurs originaires de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest — Mali (alors Soudan français), Côte d’Ivoire, Guinée ou encore Burkina Faso (ex-Haute-Volta). Ces anciens combattants réclamaient le paiement de leur solde après avoir servi la France durant la Seconde Guerre mondiale.

À ce jour, de nombreuses zones d’ombre subsistent, notamment sur le nombre exact de victimes et leurs lieux de sépulture. Ce massacre demeure un traumatisme profond au Sénégal et dans toute la sous-région.

En novembre 2024, à l’approche du 80e anniversaire, le président français Emmanuel Macron avait officiellement reconnu qu’il s’agissait d’un « massacre », marquant une avancée symbolique dans la reconnaissance de cet épisode sombre de l’histoire coloniale.

Avec cette décision de justice, une nouvelle étape est franchie dans la quête de vérité et de mémoire autour de Thiaroye, même si de nombreuses interrogations restent encore sans réponse.

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