La crise diplomatique et commerciale entre l’Équateur et la Colombie vient de franchir un nouveau palier. À la suite d’une décision drastique de Quito concernant la fiscalité transfrontalière, la réaction de Bogota a été immédiate, redessinant les équilibres économiques de la région sud-américaine.
Le gouvernement du président équatorien Daniel Noboa a acté une hausse de 100 % des droits de douane sur les produits en provenance de la Colombie, une mesure qui entre en vigueur ce 1er mai. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le ministère équatorien de la Production a justifié cette décision ce jeudi en pointant du doigt les lacunes de Bogota dans la lutte contre le narcotrafic et la sécurisation des frontières. Pour Quito, cette action souveraine constitue une réponse indispensable face à la présence de réseaux criminels à la frontière.
La riposte du président colombien Gustavo Petro a suivi un peu plus d’une heure après cette annonce. Sur les réseaux sociaux, il a déclaré que l’initiative équatorienne provoquait l’effondrement du Pacte andin, un accord régional de libre-échange datant des années 1960. Jugeant que la Colombie n’y a « plus sa place », Gustavo Petro a instruit son ministre des Affaires étrangères d’entamer les démarches pour intégrer pleinement le Mercosur, une alliance commerciale dirigée par le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay, l’Argentine et la Bolivie.
Cette escalade s’inscrit dans un contexte d’opposition frontale entre l’administration de gauche de Gustavo Petro et les gouvernements de droite du continent. Si le président colombien a supervisé des saisies record, dont une cargaison de cocaïne évaluée à 388 millions de dollars en novembre dernier, sa politique de « Paix totale » impliquant des négociations avec les groupes rebelles suscite de vives critiques. Donald Trump a ainsi retiré à la Colombie son statut d’allié dans la guerre contre la drogue en septembre dernier, avant de sanctionner Gustavo Petro et sa famille en octobre. Le président Daniel Noboa s’est aligné sur cette position américaine en rejoignant la coalition « Bouclier des Amériques ».
Les relations bilatérales étaient déjà lourdement affectées par d’autres dossiers. Mercredi, l’Équateur a rappelé son ambassadeur après que Gustavo Petro a qualifié l’ancien vice-président équatorien emprisonné, Jorge Glas, de « prisonnier politique ». En parallèle, Bogota accuse Quito de bombardements près de la frontière commune, où les autorités colombiennes affirment avoir retrouvé 27 corps calcinés. Face à cette succession de tensions, la Colombie a suspendu ses ventes d’énergie transfrontalières, privant l’Équateur d’un soutien crucial en pleine période de sécheresse et de pénuries d’électricité.