Dans le cadre du programme de rectification institutionnelle et économique, les autorités sénégalaises accélèrent la révision des codes des investissements, des impôts et des douanes. Si l’objectif affiché est de résorber le chômage de masse en stimulant l’entrepreneuriat, des voix issues du secteur privé alertent sur l’inadéquation de ces mesures macroéconomiques avec les réalités du terrain.
À travers une tribune publiée par le journal Sud Quotidien, l’ingénieur polytechnicien et chef d’entreprise Boubacar Khouma dresse un diagnostic sans concession de l’écosystème entrepreneurial sénégalais. Selon lui, le toilettage des différents codes, bien que louable, ne modifiera pas le quotidien des petites et moyennes entreprises (PME), principales pourvoyeuses d’emplois potentiels. Il souligne que l’essentiel des sociétés purement locales n’évolue pas dans les segments ciblés par ces nouvelles dispositions.
L’auteur identifie des obstacles structurels profonds. Il pointe d’abord une rigidité du système bancaire, incapable de s’adapter aux flux de trésorerie des PME. S’y ajoute une politique foncière inadaptée qui freine la croissance physique des entreprises. À titre d’exemple, Boubacar Khouma évoque sa propre expérience d’acquisition de terrains, bloquée depuis deux ans par des revendications de propriété sans fondement administratif. L’entrepreneur dénonce également des procédures administratives lourdes, souvent soumises au pouvoir discrétionnaire des responsables de services.
Au-delà des contraintes matérielles, la tribune met l’accent sur l’insécurité juridique et la corruption. L’ingénieur estime que le manque de fiabilité du système judiciaire empêche l’instauration d’un climat de confiance indispensable aux transactions inter-entreprises. Il appelle les autorités, dans l’esprit du « Jubanti », à criminaliser sévèrement les détournements et la corruption, affirmant qu’aucune négociation n’est possible avec ces pratiques sous peine de voir les entreprises péricliter.
Enfin, Boubacar Khouma critique le contraste entre les difficultés des acteurs locaux et les facilités accordées aux investisseurs étrangers. Il déplore l’accès privilégié de certains intermédiaires, qualifiés d’« apporteurs d’affaires », aux plus hautes sphères de l’État. Pour instaurer une véritable souveraineté économique, le chef d’entreprise préconise des règles uniformes ne nécessitant aucune intervention présidentielle, assorties d’une préférence systématique pour les sociétés sénégalaises dans l’attribution des marchés publics.