Les pressions exercées par les États-Unis sur les pays d’Amérique latine pour accentuer l’isolement de La Havane font face à une résistance diplomatique. Alors que plusieurs capitales ont récemment cédé aux menaces de sanctions américaines, l’exécutif mexicain a publiquement arrêté sa position concernant la présence d’une main-d’œuvre étrangère spécifique opérant sur son territoire.
La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a confirmé mercredi que son pays continuera d’accueillir les professionnels de la santé cubains. Ce programme, en vigueur depuis 2022, déploie des milliers de médecins et spécialistes de l’île dans les zones rurales et défavorisées du Mexique. Lors d’une conférence de presse, la cheffe de l’État a défendu un accord bilatéral jugé très bénéfique pour son système de santé, soulignant la difficulté de convaincre les praticiens nationaux de s’installer dans ces régions reculées.
Cette annonce intervient dans un climat de forte hostilité de la part du voisin américain. Comme le rapporte la chaîne Al Jazeera, les États-Unis ont adopté en février une législation ouvrant la voie à des sanctions contre les États qui maintiennent ce type de coopération avec Cuba. L’administration de Donald Trump, par la voix de son secrétaire d’État Marco Rubio, assimile ce programme à de la traite d’êtres humains et au travail forcé. Washington accuse le gouvernement cubain de restreindre la liberté de mouvement de ces travailleurs et de s’accaparer la quasi-totalité de leurs revenus. Des experts des Nations Unies ont également soulevé des inquiétudes, notamment concernant la confiscation des passeports par les autorités cubaines.
L’offensive diplomatique américaine a déjà porté ses fruits ailleurs dans la région. Les Bahamas, le Honduras, le Guatemala, la Jamaïque et le Guyana ont mis fin à leur participation au programme médical cubain. Pour La Havane, sous embargo économique américain depuis 1960, l’exportation de ses services médicaux constitue une source vitale de devises étrangères.
La pression exercée sur ces missions médicales s’inscrit dans une stratégie plus large du second mandat de Donald Trump visant à provoquer un changement de régime sur l’île. En menaçant de droits de douane les partenaires commerciaux de Cuba, Washington a largement coupé le pays de l’accès au pétrole étranger, indispensable au fonctionnement de son réseau électrique.
Face à cette situation, le gouvernement mexicain s’efforce de maintenir un équilibre complexe entre ses relations historiques avec Cuba et les exigences des États-Unis. Outre le maintien des médecins, l’administration de Claudia Sheinbaum a récemment affrété des navires chargés d’aide humanitaire vers l’île pour pallier l’absence de livraisons énergétiques.