Soudan du Sud : Alors que l’armée mobilise ses troupes, la vidéo d’un général qui fait craindre le pire pour les civils

L’armée sud-soudanaise a officiellement lancé une vaste opération militaire dans l’État de Jonglei, baptisée « Paix durable ». Si l’état-major évoque une simple sécurisation face aux gains territoriaux récents de l’opposition, la situation sur le terrain laisse entrevoir une réalité bien plus complexe, marquée par des ordres d’évacuation immédiate et des consignes inquiétantes données aux troupes.

Face à la perte de plusieurs localités ces dernières semaines, le porte-parole de l’armée, Lul Ruai Koang, a ordonné aux civils de quitter immédiatement trois comtés de l’État de Jonglei. Les organisations humanitaires ont, quant à elles, reçu la directive de plier bagage sous 48 heures. Selon les déclarations faites à Al Jazeera et à d’autres agences, l’objectif affiché est de reprendre les villes saisies par les forces d’opposition et de « rétablir l’ordre public ».

Cependant, cette version officielle d’une opération de maintien de l’ordre se heurte à des éléments factuels discordants. Alors que le ministre de l’Information, Ateny Wek Ateny, assure que « le pays n’est pas en guerre » et qu’il s’agit uniquement de stopper l’avancée adverse, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre une toute autre facette des opérations en cours.

Dans cet enregistrement, le général Johnson Olony, commandant militaire de haut rang, s’adresse à ses troupes dans le comté de Duk avec une violence explicite. « N’épargnez aucune vie », lance-t-il à ses soldats. « Quand nous arriverons là-bas, n’épargnez pas un vieillard, n’épargnez pas un poulet, n’épargnez pas une maison ou quoi que ce soit. »

Ces propos ont immédiatement suscité une vive réaction de la part de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies au Soudan du Sud, qui a exprimé sa « grave inquiétude » face à un risque accru de violence de masse contre les civils. Edmund Yakani, figure de la société civile locale, a qualifié ces instructions de porte ouverte « pour commettre des atrocités, des crimes contre l’humanité et, potentiellement, même un génocide ».

Interrogé sur cet incident, le porte-parole du gouvernement a tenté de minimiser la portée de ces déclarations, évoquant un « lapsus » ou une tentative maladroite de « remonter le moral des troupes », tout en affirmant que cela ne reflétait pas la politique gouvernementale. Le général Olony, chef de la milice Agwelek intégrée à l’armée l’année dernière, est une figure controversée, ses forces ayant déjà été impliquées dans des opérations militaires contre des communautés Nuer.

Ce regain de tension intervient dans un contexte fragile. Le pays tente péniblement de mettre en œuvre l’accord de paix de 2018 qui avait mis fin à une guerre civile ayant causé près de 400 000 morts. Riek Machar, leader de l’opposition et vice-président, demeure en résidence surveillée à Juba, accusé de trahison, tandis que ses partisans dénoncent des accusations politiquement motivées et considèrent l’accord de paix comme caduc.

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