Soudan : après la frappe sur l’aéroport de Khartoum, l’accusation vise Addis-Abeba et Abou Dhabi

Le Soudan a accusé mardi l’Éthiopie et les Émirats arabes unis d’être liés à une série d’attaques de drones menées ces dernières semaines, dont une frappe visant l’aéroport de Khartoum lundi. Ces déclarations interviennent alors que les tensions régionales se superposent à la guerre civile soudanaise en cours depuis avril 2023.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le porte-parole militaire soudanais, le brigadier général Asim Awad Abdelwahab, a affirmé lors d’une conférence de presse que le gouvernement disposait d’éléments sur quatre attaques de drones depuis le 1er mars. Khartoum soutient que ces appareils auraient été lancés depuis l’aéroport de Bahir Dar, en Éthiopie voisine, et que les drones utilisés auraient été fournis par les Émirats arabes unis. Le Soudan a d’ailleurs rappelé son ambassadeur en Éthiopie.

Les autorités soudanaises disent avoir récupéré des données sur un drone abattu à el-Obeid, capitale du Kordofan-Nord. D’après le même porte-parole, ces drones de fabrication émiratie ont visé des positions de l’armée soudanaise dans plusieurs États, notamment les Kordofan, le Nil Bleu et le Nil Blanc, les 1er et 17 mars. Il a aussi indiqué que des sites de Khartoum avaient été frappés depuis vendredi, dont l’aéroport de la capitale lundi. Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohieddin Salem, a déclaré que son pays n’attaquerait pas d’autres États, tout en prévenant que toute attaque recevrait une réponse.

Dans le même intervalle, plusieurs frappes ont touché des civils. Samedi, une attaque de drone à Omdourman, la deuxième ville du pays, a tué cinq personnes qui voyageaient dans un bus civil. Le lendemain, une autre attaque dans l’État d’al-Jazira a tué des proches d’Abu Agla Kaikal, commandant des Sudan Shield Forces, un groupe allié à l’armée soudanaise après avoir quitté les Forces de soutien rapide (RSF). L’aéroport international de Khartoum venait de recevoir la semaine précédente son premier vol international en trois ans, avant cette nouvelle série d’attaques.

L’Éthiopie a rejeté mardi ce qu’elle a qualifié d’« accusations sans fondement ». Son ministère des Affaires étrangères a accusé en retour l’armée soudanaise de soutenir des combattants liés au Front de libération du peuple du Tigré. Les Émirats arabes unis, déjà visés par des accusations de soutien aux RSF qu’ils démentent, ont également rejeté ces allégations par la voix d’un responsable cité par l’AFP. Al Jazeera précise que des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont aussi accusé les Émirats de fournir des armes aux RSF.

Le contentieux entre Khartoum et Addis-Abeba s’inscrit dans un contexte plus large de différends frontaliers dans la région d’al-Fashaga et de tensions autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne sur le Nil Bleu. Interrogé par Al Jazeera, Alan Boswell, de l’International Crisis Group, a estimé que la multiplication des accusations réciproques créait « une dynamique très dangereuse » entre les deux pays.

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